Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, sur l'action de la France dans la lutte contre le commerce illicite d'espèces sauvages, à Johannesburg le 23 septembre 2016.

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Circonstance : 17ème conférence des parties de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), à Johannesburg (Afrique du Sud) le 23 septembre 2016

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Texte intégral

Madame la Présidente, chers collègues,
Permettez-moi tout d'abord de vous exprimer toute notre reconnaissance d'avoir organisé ce segment. En effet, il me parait intéressant et souhaitable que nous, responsables politiques, échangions à propos des grands objectifs de cette conférence dans le cadre de la politique internationale de l'environnement. Dans ce cadre nous devons avant tout prendre en compte trois décisions : les objectifs du développement durable, les objectifs d'Aichi et la Convention de Paris.
L'année 2015 a constitué un tournant majeur pour l'environnement et le développement durable, avec l'adoption de l'Agenda 2030 et ses 17 Objectifs de développement durable (ODD) lors du Sommet de New York et l'adoption de l'Accord de Paris deux mois plus tard. Leurs caractères universels, leur ambition commune, leur capacité à dépasser les clivages montrent notre volonté commune d'avancer ensemble vers un monde plus juste et soucieux de la protection de notre planète et des générations futures.
Au niveau français, la biodiversité constitue un enjeu majeur et l'année 2016 a été déterminante pour la France dans sa volonté de mieux protéger la biodiversité sur le territoire national, y compris les territoires d'Outre-mer et au-delà de nos frontières. Le 20 juillet dernier le Parlement a adopté la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages avec des évolutions juridiques, institutionnelles et de gouvernance majeures. Elle crée notamment une Agence nationale de la biodiversité opérationnelle dès janvier 2017.Surtout, s'agissant de préservation des espèces menacées, elle renforce les sanctions pénales contre leur trafic, ces amendes pouvant désormais aller jusqu'à 750 000 euros en cas de trafic en bande organisée. L'ensemble de ces mesures favorisent directement des comportements plus responsables des différents acteurs, publics, industriels comme citoyens.
Le commerce illicite d'espèces sauvages est lié à la surexploitation et s'inscrit donc en seconde position dans les causes majeures de disparation de biodiversité et figure dans le groupe de tête des activités criminelles. La France ne fait pas exception, en étant à la fois une destination, un espace de transit et un pays d'origine pour ces spécimens. Elle est aussi un acteur important dans la lutte contre ces trafics et entend jouer un rôle actif, tant sur le plan international que national.
Nous partageons la conviction que les hommes et femmes de cette planète trouveront précisément les clés d'un développement plus harmonieux et bénéfique pour tous, grâce aux solutions basées sur la nature, et non en conflit avec elle, dans une perspective de gestion plus durable et responsable des ressources naturelles. Dans le contexte actuel de 6ème extinction de la biodiversité, l'enjeu est de taille. Si nous en sommes la cause, nous pouvons être autant la solution.
Je souhaite réaffimer l'engagement et la détermination de la France à lutter contre les trafics d'animaux et également à traiter des causes profondes. Et je saisis l'occasion de cette réunion pour annoncer que la France va très prochainement créer un équipement pour pouvoir héberger, au moins temporairement, les animaux vivants qui ont été saisis ou confisqués.
La demande d'espèces menacées est souvent influencée par des facteurs socio- culturels, de prestige social, de supposés bienfaits médicaux et, parfois, de coutumes d'une époque ancienne quand la population humaine était moindre. Il faut peser sur ces comportements.
Nous devons cesser de considérer que l'objectif de la CITES est d'inscrire toute les espèces à l'Annexe I mais que, au contraire, nous devons arriver à ce qu'aucune espèce ne remplisse les critères d'inscription à l'Annexe I. L'interdiction doit être la dernière extrémité quand aucune autre n'a été trouvée. C'est ainsi que nous pourrons prouver concrètement que le maintien d'une biodiversité de qualité est une condition essentielle de la survie de l'homme et qu'il s'agit d'une ressource exploitable pour l'alimentation, la santé, l'habitat, l'agriculture, le tourisme et bien d'autres choses encore.
La préservation des espèces, à travers l'exploitation durable des ressources biologiques, doit pouvoir permettre à tous de mieux vivre, en contribuant à éradiquer l'extrême pauvreté et à réduire la pauvreté, toutes deux visées dans l'ODD1. Elle doit aussi pouvoir fournir les moyens de subsistance nécessaires, au coeur de l'ODD2.
Nous, gouvernements, devons davantage plaider en faveur de mesures de gestion durable des pêches et de modes de production et de consommation durables visés par les ODD 8, 12 et 14. A cet égard, l'éco-tourisme est un levier puissant de valorisation responsable des ressources naturelles, au bénéfice de toutes et tous.
Comment peut-on continuer à entendre comme ce matin que la très grande majorité des stocks de poissons sont surexploités ?
Madame la Présidente,
Merci encore une fois pour cet agréable moment de discussion au fond, loin des discours de circonstance. La semaine prochaine, nous avons encore beaucoup à travailler, mais le plus dur sera après la conférence pour mettre en oeuvre.
Mais pouvez compter sur nous.Source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 4 octobre 2016