Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "RTL" le 1er juillet 2016, sur le bilan économique de François Hollande, sur le bien-être des animaux dans les abattoirs.

Texte intégral

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Stéphane LE FOLL.
STEPHANE LE FOLL
Bonjour.
OLIVIER MAZEROLLE
1er juillet, c'est le début des vacances, est-ce qu'avec le recul, vous diriez comme la reine d'Angleterre « Annus horribilis », sur l'année qui s'est écoulée depuis l'été dernier ?
STEPHANE LE FOLL
Je ne dirais pas ça, puisqu'économiquement, on a une économie qui se redresse, avec des résultats qui sont là, l'INSEE les a rappelés il n'y a pas très longtemps, donc après 2015 et ce qui s'est passé, alors, pour les évènements dramatiques, puisque c'est quand même deux attentats sur le sol français, en début d'année et en fin d'année, qu'on n'avait jamais connus, et c'est vrai que ça, ça fait partie de ce qui restera comme une année dramatique. Mais il faut aussi faire face, et ce que je disais par rapport à la question économique, c'est qu'en même temps qu'on fait face à la menace terroriste, qu'on lutte, que ce soit en Afrique, au Proche-Orient, au Moyen-Orient, eh bien on doit aussi penser à l'économie et redresser cette économie, c'est en train de se faire.
OLIVIER MAZEROLLE
Alors, dans Les Echos hier, François HOLLANDE a fait un premier inventaire de sa présidence. Bon, il estime que cet inventaire est bon, voire même excellent, dans certains cas. Comment expliquez-vous que les Français aient le sentiment totalement inverse ?
STEPHANE LE FOLL
Ecoutez, je ne vais pas chercher à expliquer, je regarde et je faits le constat comme vous. Je sais une chose, c'est que François HOLLANDE Président de la République, quand il prend ses décisions, quand il agit, je l'ai dit, au niveau international, quant au niveau économique il a fait le choix du pacte de responsabilité, contesté, critiqué, il a aujourd'hui des résultats. Après, le rapport à l'opinion est une question qui est posée, qui lui est posée, mais ce qu'il a fait, les choix qu'il a faits, qui ont été – je l'ai dit – souvent contestés, raillés, eh bien, vous étiez hier à Londres avec Nicolas SARKOZY, entre le bouclier fiscal et le pacte de responsabilité, il y a le choix de renforcer une économie et pas le choix de donner des avantages à ceux qui ont déjà beaucoup.
OLIVIER MAZEROLLE
Mais, justement hier on a eu cette confrontation, l'interview dans Les Echos, et puis Nicolas SARKOZY sur l'antenne, qui a dit : « François HOLLANDE, il est quand même... il ne manque pas d'aplomb ». On a le sentiment que les deux, ils ont envie de se retrouver, pour la présidentielle.
STEPHANE LE FOLL
En tout cas, j'ai le sentiment que Nicolas SARKOZY a quand même une ligne qui est très claire, c'est celle de la revanche. J'ai même vu, mais il faudrait que vous me précisiez ce qu'il a dit exactement sur la question normale, il a dit...
OLIVIER MAZEROLLE
Oui, il a dit : « Je n'accepterai pas, monsieur HOLLANDE, que la France soit un pays normal ».
STEPHANE LE FOLL
Bon, donc, je vais lui répondre...
OLIVIER MAZEROLLE
Sous-entendu banal.
STEPHANE LE FOLL
Voilà. Moi je vais lui répondre que moi je n'accepterai pas que la France redevienne un pays pas normal. Parce que c'est pas normal ce qu'il a dit, quand il a dit : « On va remettre en cause toute la pénibilité ». Parce que justement, on y viendra tout à l'heure dans les travaux, et ceux qui ont des travaux pénibles, et qui travaillent dans des conditions pénibles, pourquoi on leur imposerait la même durée de travail, et le départ à la retraite, équivalents à ceux qui ont des travaux plus faciles ? C'est pas normal. Donc moi je suis, par rapport à ça, très clair. C'est pas normal non plus, quand j'entends Nicolas SARKOZY, qui lors d'une convention sur l'Europe, au mois de mars, avait dit, je crois : « Je me sens Européen quand je suis en Asie, je me sens Français quand je suis en Grande-Bretagne, et je me sens Parisien quand je suis en province », et je crois qu'il était hier à Bordeaux, d'ailleurs il a dit qu'il avait beaucoup d'amis. Non, on se sent Français tout le temps, tout le temps. Mais il faut être là, présent.
OLIVIER MAZEROLLE
Mais, quand même, alors ça va être un match HOLLANDE – SARKOZY en 2017 ?
STEPHANE LE FOLL
Ah mais j'en sais rien. Ce n'est pas moi... je ne sais pas si vous irez à la primaire des Républicains, pas moi, donc je ne sais pas ce qui va se passer. J'ai vu des sondages qui sortent, je n'en sais rien. Les choix seront faits par ceux qui vont se déplacer et qui iront voter.
OLIVIER MAZEROLLE
Alors, François HOLLANDE, la reconquête, vous la sentez possible, cette reconquête de l'opinion ?
STEPHANE LE FOLL
Moi je pense...
OLIVIER MAZEROLLE
Il est tellement bas en ce moment.
STEPHANE LE FOLL
Moi je ne pense qu'à la France, et lui aussi. Après, le reste, je...
OLIVIER MAZEROLLE
Mais comment fait-il pour être imperméable à tout ça ? On a le sentiment que ça coule sur lui comme l'eau sur les plumes d'un canard.
STEPHANE LE FOLL
Je ne sais pas. Vous avez une comparaison que je vous laisserai, mais je sais une chose, c'est que quand on est aux responsabilités et qu'on les assume, on pense d'abord à assumer ses responsabilités.
OLIVIER MAZEROLLE
Alors, les promesses, est-ce que c'est crédible ? Par exemple la baisse d'impôts, il a dit : peut-être deux milliards, ou plus, pour les particuliers, si en 2017, en 2017, la croissance est de 1,7 % et si le déficit est abaissé à 2,7 %. Donc on sera fixé quand ? Fin 2017, c'est avec le président qui va suivre ? Enfin lui, peut-être, s'il est réélu.
STEPHANE LE FOLL
Non, c'est à la fin de cette année, c'est la croissance. Vous savez...
OLIVIER MAZEROLLE
Donc, c'est des prévisions de croissance, alors, c'est pas...
STEPHANE LE FOLL
Oui. Les prévisions aujourd'hui sont assez fermes, pour dire qu'on va atteindre, normalement, la prévision qui avait été faite par le gouvernement, à 1,5...
OLIVIER MAZEROLLE
Mais votre ancien collègue, Didier MIGAUD, il est plutôt sceptique, lui.
STEPHANE LE FOLL
Oui...
OLIVIER MAZEROLLE
Le président de la Cour des Comptes.
STEPHANE LE FOLL
Didier MIGAUD, je... Oui, mais c'est sur la question... alors, il faut qu'on essaie de raisonner. La croissance, c'est quelque chose qui se mesure annuellement, mais une économie, elle fonctionne en continu. Donc, on a ce qu'on appelle un acquis de croissance, à chaque fin d'année, pour l'année qui va suivre. Là, ce qu'on prévoit, c'est plutôt une croissance supérieure, 1,6, à ce qui avait été les prévisions, sur lesquelles on s'appuie pour faire un budget. Donc, le déficit, il est calculé sur une prévision de croissance. Normalement, on doit faire un peu plus. Et si on fait un peu plus, évidemment en 2016, ça veut dire qu'en 2017 on aura aussi un acquis de croissance important.
OLIVIER MAZEROLLE
Oui, mais enfin, c'est un peu le pendule qu'on met sur un papier.
STEPHANE LE FOLL
Non, ce n'est pas le pendule, c'est comment on gère un pays, c'est des prévisions, bien sûr, et il faut qu'elles soient le plus juste possible, la Cour des Comptes est là pour vérifier la justesse des prévisions. J'ajoute un point sur la Cour des Comptes. Moi je ne suis pas un... je n'ai jamais été à la Cour des Comptes, je ne suis pas un grand spécialiste de la comptabilité, mais il y a quelque chose qui m'a frappé, c'est quand ils ont dit : il y a beaucoup de dépenses qui ont été faites, et ils y ont mis dedans les dépenses agricoles. Ah oui, les dépenses agricoles, oui mais ce sont les dépenses exceptionnelles, parce qu'on vit une crise exceptionnelle. Et si on ne venait pas aider les agriculteurs, on laisserait sur le carreau, des exploitations agricoles dont on aura besoin. Je vois par exemple qu'aujourd'hui le prix du porc remonte, eh bien parce qu'on a permis à des exploitations de pouvoir passer la période la plus difficile, aujourd'hui on est capable de répondre à la demande. Donc la Cour des Comptes devrait aussi considérer que dans ce domaine-là, il y a des recettes exceptionnelles, ça c'est possible, mais il y a aussi des dépenses exceptionnelles, et ça ne peut pas être compté de la même manière que les dépenses structurelles. C'est un petit message, mais il vaut que ce qu'il vaut.
OLIVIER MAZEROLLE
Stéphane LE FOLL, vous êtes aussi ministre de l'Agriculture, et là, de nouveau vous êtes attaqué par les défenseurs des animaux, vous ne luttez pas suffisamment contre la souffrance animale dans les abattoirs.
STEPHANE LE FOLL
D'abord, moi, j'ai pris des décisions. On va publier aujourd'hui tous les contrôles qui ont été faits, sur les abattoirs et on va noter, et ça sera indiqué, les problèmes qu'on a rencontrés, avec une grille de lecture pour que tout le monde soit parfaitement transparent et clair. J'ai ensuite pris des décisions législatives, pour faire en sorte que la maltraitance soit un délit, maintenant, dans un abattoir, pas simplement pour le salarié qui est pris un jour, parce qu'il a fait une erreur, mais pour celui qui est responsable derrière l'abattoir, parce que c'est trop facile d'aller chercher simplement le salarié. Lui, il peut avoir un moment, aussi, où il perd le sens de la responsabilité. Mais le délit sera acté et voté. Ça a été voté en première lecture à l'Assemblée nationale, j'imagine que le Sénat va suivre cette ligne, donc moi j'ai pris des décisions. J'ai un plan sur le bien-être animal, que j'avais décidé en 2014. J'ai pas attendu les images de L214. Mais je voudrais dire une chose simple : quand je reçois une lettre de madame Brigitte BARDOT, pour laquelle j'ai beaucoup de respect, mais qui me traite de ministre de la souffrance, alors que moi, la souffrance des agriculteurs, les crises que je rencontre, le bien-être animal, tout ça, ça fait partie de ma responsabilité. Je n'accepte pas d'être mis sous pression, comme ça a été le cas avec L214, au moment du Salon de l'Agriculture, avec des accusations lamentables. Il y a un moment où chacun doit aussi dire la vérité. Qu'est-ce que veulent ces gens ? Ils veulent faire disparaitre ce qu'a été l'histoire de l'agriculture, avec l'élevage. Ils ne veulent plus d'élevages, ils ne veulent plus qu'on mange de viande. Donc il faut que maintenant, les choses soient dites. On doit régler ce problème du bien-être animal. On doit faire en sorte qu'il n'y ait plus ce qu'on a pu voir, mais on ne peut pas non plus accepter cette pression morale qui s'exerce, et en particulier m'envoyer un courrier, pour me traiter de ministre de la souffrance, je ne l'accepte pas, et je le dis ce matin, de la manière la plus claire qui soit. Et quand j'apprends en plus que les images de L214 qui ont été sorties, là, les dernières, ne sont même pas datées, on ne sait pas quand est-ce qu'elles ont été prises. Tout semble indiquer, c'est la préfecture de l'Hérault qui le dit, qu'elles datent et qu'elles n'ont pas été du tout prises après les contrôles qu'on a faits, et que même celui qu'on a vu sur ces images, a été sanctionné, en tant que salarié, avec les contrôles que nous avons faits. Je dis stop ! Il y a un moment où il faut être honnête, et se dire franchement la vérité.
OLIVIER MAZEROLLE
Vous êtes en colère, Stéphane LE FOLL, juste une dernière question, est-ce que vous allez traiter aussi la question de l'abattage rituel, où la bête perd son sang pendant plusieurs minutes, agonise pendant plusieurs minutes, il y a eu des rapports de l'INA (sic) là-dessus...
STEPHANE LE FOLL
Monsieur MAZEROLLE, faites très... sur ces sujets, je vous le dis, l'abattage rituel, vous savez, d'où il vient l'abattage rituel ? Des grandes religions monothéistes, ça fait 2 000 ans.
OLIVIER MAZEROLLE
Oui, c'est ancestral, oui.
STEPHANE LE FOLL
Moi je suis là pour faire respecter le bien-être, mais je ne suis pas le décideur de ce que sont les rites religieux qui ont été décidés il y a bien longtemps. Donc j'essaie de faire respecter toutes les règles. On a mis en place des formations, pour ce qu'on appelle les sacrificateurs, pour faire en sorte que toutes les règles soient respectées. Et je ne voudrais pas qu'à chaque fois que l'on ait ce débat, on ramène cette question, comme si nous ne la traitons pas. Nous la traitons, mais dans le cadre de ce qui est le respect et la laïcité. Il y a des religions, elles sont ce qu'elles sont, je n'ai pas de jugement à porter, mais moi je fais en sorte que le bien-être soit respecté, et il le sera.
OLIVIER MAZEROLLE
Merci Stéphane LE FOLL.
YVES CALVI
Le ministre de l'Agriculture qui annonce la publication aujourd'hui de tous les documents sur les abattoirs et confirme un plan pour le bien-être animal, qui avait été décidé dès 2014. Il se trouve en l'occurrence que cette date a de l'importance.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 juillet 2016