Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RTL le 23 juin 2016, sur la sécurité des manifestations contre le projet de loi Travail.

Texte intégral

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.
JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Olivier MAZEROLLE.
OLIVIER MAZEROLLE
Manifestation interdite, puis manifestation autorisée, qui est à l'origine du pataquès d'hier ? François HOLLANDE, Manuel VALLS ou Bernard CAZENEUVE ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Je crois très sincèrement que la question ne s'est pas posée en ces termes. Tout simplement, alors que nous avons autorisé des manifestations maintenant depuis plusieurs mois, qu'il y en avait pour aujourd'hui également en province, nous avions une vraie difficulté qui avait été pointée du doigt par les différentes autorités de l'Etat sur les dangers liés aux manifestations parisiennes à la suite de la manifestation de mardi dernier, qui s'était passée dans des conditions exécrables comme chacun l'a en mémoire. Et donc, nous avions dit : s'il n'y a pas de conditions possibles de sécurité, il n'y aura pas de manifestation. Cette discussion...
OLIVIER MAZEROLLE
Oui, mais enfin, vous avez noté qu'elle a été interdite.
JEAN-MARIE LE GUEN
Attendez. Il y a eu dans la journée de mardi dernier, une demande à la Préfecture de police, d'une manifestation, et comme vous le savez, quand ces demandes sont faites, elles sont faites avec des parcours bien fléchés. Le parcours il a été décrit dans la... proposé par les syndicats, il a été décrit dans la Presse d'hier, je n'y reviens pas, c'était des parcours longs, traditionnels, j'allais dire, et ils ont été considérés comme inacceptables par la Préfecture de police, qui a dit : dans ces conditions, il n'y aura pas de manifestation.
OLIVIER MAZEROLLE
Avec l'assentiment du gouvernement, quand même.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais bien sûr.
OLIVIER MAZEROLLE
Bon.
JEAN-MARIE LE GUEN
Non non, mais soyons très clairs, il ne pouvait pas y avoir de manifestation selon les cortèges traditionnels. Donc, le lendemain matin, les organisations syndicales ont souhaité faire de nouvelles propositions, et pour ça aller voir le ministre de l'Intérieur, et le ministre de l'Intérieur a considéré que les nouvelles propositions qu'il pouvait faire, lui, en tant que ministre de l'Intérieur, sur un parcours, dans un premier temps nous avions dit une manifestation statique, ce qui était une position, j'allais dire, assez forte, qui a permis de déboucher sur une proposition qui est décrite aujourd'hui et qui consiste à tourner autour du bassin, autour de la Bastille et qui sera dans des...
OLIVIER MAZEROLLE
Vous voulez dire que ça sera un peu ridicule, ils vont tourner...
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, pas du tout, moi je respecte le droit de manifester, d'ailleurs vous avez, dans des pays très démocratiques, des manifestations qui se passent de façon tout à fait différente, on n'est pas obligé, toujours...
OLIVIER MAZEROLLE
Enfin, c'est dangereux, parce qu'il y a de l'eau, il y a un bassin, donc on...
JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que tout le monde, vous avez peut-être entendu ce matin les précautions de sécurité qui sont prises, on enlève les voitures, on filtre les manifestants. Bref, dans un endroit, il y a déjà beaucoup de policiers, mais en tout état de cause, on peut garantir une manifestation qui sera, je l'espère, en sécurité pour les manifestants, s'ils ont vraiment l'intention d'être dans une posture, ce que je crois, une posture pacifiste, non violente, et puis de l'autre côté, un parcours qui protège au maximum, à la fois la vie des Parisiens et puis les images que l'on a vues, qui étaient parfaitement détestables.
OLIVIER MAZEROLLE
Donc tout va bien, sauf que...
JEAN-MARIE LE GUEN
Tout va bien, les choses se passent, sauf que moi je vous le dis sincèrement, je pense qu'il faudrait maintenant, très raisonnablement, qu'on puisse passer à autre chose.
OLIVIER MAZEROLLE
Oui, mais alors, justement, Jean-Claude MAILLY, donc le leader de FO, trouve que Bernard CAZENEUVE est républicain, qu'il dialogue, alors que Manuel VALLS, lui, est un pyromane. Le ministre de l'Intérieur a l'échine plus souple que le Premier ministre ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais monsieur MAILLY essaie de régler des comptes politicards. Voilà. Monsieur MAILLY est celui qui aura conduit l'organisation Force ouvrière à se poser de savoir quelle est la différence qu'elle a aujourd'hui avec la CGT. Moi j'ai connu en son temps, une Force ouvrière qui était un syndicat réformiste, voilà. Aujourd'hui, on ne voit pas la différence entre FO et la CGT.
OLIVIER MAZEROLLE
Alors, solidarité, donc, de l'exécutif, laissez-vous entendre, pourtant, dépêche publiée hier matin, 10 heures 29 minutes et 49 secondes, à ce moment-là, la gauche de la gauche se déchaine contre la décision d'interdire la manifestation, et dans la dépêche, un conseiller de l'Elysée explique : « L'arbitrage n'a pas été rendu par le président de la République lui-même, le président de la République n'est pas en charge de l'ordre public ». En clair, ça veut dire : c'est pas moi, c'est l'autre, qui a décidé.
JEAN-MARIE LE GUEN
Il peut y avoir, ici ou là, des expressions qui n'étaient pas... Ce que disait cette dépêche, alors après c'était interprété peut-être d'une certaine façon, mais ce que disait cette dépêche, c'était que c'était bien une manifestation qui, au plan technique, avait été interdite, je le rappelle et je l'ai expliqué à l'instant, par le préfet de police, que c'était pas une décision politique, visant à interdire les manifestations en général, ou l'idée de manifester, nous n'avions rien contre le fait que des organisations syndicales puissent manifester, simplement nous avons tout contre les parcours qui laissent la porte ouverte à tous les violents.
OLIVIER MAZEROLLE
Donc tout va bien, c'est-à-dire qu'au moment où ses troupes sont sous la mitraille de la gauche de la gauche, le président de la République, lui, fait savoir qu'il n'est pour rien dans la décision.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oh, vous savez que quand il y a trois nuages qui passent dans le ciel, la gauche de la gauche trouve à redire contre François HOLLANDE, et parfois d'ailleurs une certaine Presse également. Je ne parle pas de vous, Olivier MAZEROLLE, mais quand je lis la Presse d'aujourd'hui, qui s'était précipitée hier pour donner l'idée que la manifestation n'aurait pas lieu, etc., c'est parce qu'elle est prise à son propre jeu et à ses propres simplifications, qu'aujourd'hui elle a du mal à commenter.
OLIVIER MAZEROLLE
Il y a tout de même des députés socialistes qui, et pas seulement des frondeurs, d'ailleurs, qui aujourd'hui ciblent Manuel VALLS et demandent au président de la République de le remettre à sa place, que son autoritarisme est insupportable. Tout le monde ne s'y trompe pas, dans cette affaire.
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais... Non, je pense qu'il y a des gens qui peut-être lisent la Presse plus qu'ils ne font des analyses politiques, ça peut arriver …
OLIVIER MAZEROLLE
Y compris chez les députés.
JEAN-MARIE LE GUEN
Y compris chez les députés, oui, oui, je vous le confirme, ça j'ai eu l'occasion de le vérifier. Mais ce n'est pas de nature me semble-t-il, les choses sont très claires, il n'y a pas eu, de ce point de vue, d'hésitation, la question était véritablement : est-il possible de garantir de la sécurité ? Moi je crois…
OLIVIER MAZEROLLE
Il n'y a pas de flou ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Je m'engage…
OLIVIER MAZEROLLE
Il n'y a pas de flou du tout, là vous êtes…
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais après…
OLIVIER MAZEROLLE
Parce que quand même c'est extraordinaire de sentir…
JEAN-MARIE LE GUEN
Non mais, attendez, les choses ne sont pas si simples que ça.
OLIVIER MAZEROLLE
D'avoir, comment dirais-je, un collaborateur du président de la République qui fait savoir que celui-ci n'est pour rien dans la décision de l'interdiction, alors qu'à ce moment-là on est dans un combat politique majeur ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais, écoutez, je pense qu'il peut y avoir ici ou là des expressions maladroites, ça peut arriver à tout le monde…
OLIVIER MAZEROLLE
Ah oui...
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais je pense simplement en l'occurrence que – et moi j'ai eu l'occasion de le vérifier, nous étions en Conseil des ministres quand Bernard CAZENEUVE est sorti, a traversé la rue Saint Honoré pour aller recevoir les organisations syndicales – les choses étaient parfaitement claires.
OLIVIER MAZEROLLE
Et quel est l'intérêt de Manuel VALLS de rester alors que finalement, bon, beaucoup le font passer pour une sorte d'enragé de l'autoritarisme, le président, bon alors vous me dites que c'est maladroit, mais enfin quand même, on note bien qu'il le lâche en pleine bagarre politique…
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, franchement, je crois que… vous auriez tort, maintenant on prête ce que l'on veut aussi aux uns et aux autres, mais vous auriez tort de considérer cela. C'est une tentation de lecture de l'histoire politique quotidienne, qui est faite de façon très régulière et j'allais dire traditionnelle, on veut opposer le président de la République et le Premier ministre, ça été fait sous d'autres présidents de la République. En l'occurrence, il n'y a pas de différence entre le président de la République et le Premier ministre et entre le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur. Ils ont géré une crise qui est difficile, qui met sur les nerfs. Vous savez comme moi qu'au même moment où on parle, d'une façon très normale j'allais dire, du droit de manifester pour la 40ème fois, dans le même temps le même ministre de l'Intérieur et le même Premier ministre, et le même président, sont soumis à des alertes très dures sur des questions du terrorisme. Donc je veux dire, la pression est maximale et moi je ne veux pas jouer ici les rabat-joie, mais j'appelle quand même les Français à considérer que nous sommes dans une période qui est tout à fait particulière, où les forces de police sont sollicitées, hyper-sollicitées, et que…
OLIVIER MAZEROLLE
Et les Français vous disent, dans les sondages, eh bien la barre n'est pas tenue.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais peut-être, mais je pense que les Français sont aujourd'hui très mécontents et très inquiets d'un monde qui est effectivement plein de défis, qu'il faut que nous leur expliquions, non seulement que la barre est tenue, ce qui est le cas, je rappelle que les Français ont considéré l‘attitude de l'Exécutif dans les moments les plus durs, que ce soit au moment du 7 janvier ou du 13 novembre, que ce soit aussi lorsqu'il faut intervenir en Afrique, à chaque fois nous avons des responsables politiques qui ont été à la hauteur et qui ont pris leurs responsabilités.
OLIVIER MAZEROLLE
Une question factuelle. François HOLLANDE doit recevoir les syndicats, comme ils le demandent, pour parler en direct avec eux de la loi Travail ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, ça lui appartient, je ne pense qu'aujourd‘hui les choses soient prévues comme cela.
OLIVIER MAZEROLLE
Allez, un dernier mot sur l'autre actualité du jour, très importante quand même, le Brexit. Vous souhaitez que les Anglais sortent ou restent ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Vous savez que nous ne voulons faire aucun geste qui puisse être interprété dans la campagne électorale…
OLIVIER MAZEROLLE
Vous parlez de vous en majesté quand vous dites-nous ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je parle des autorités françaises, vous le comprenez bien.
OLIVIER MAZEROLLE
Mais vous ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ah ! Moi je pense que de toute façon, je suis désolé de le dire à nos concitoyens qui se lèvent tranquillement ce matin, je pense que quel que soit le vote, la campagne a été tellement forte et les interrogations sur l'avenir de l'Europe ont été tellement puissantes, que nous allons beaucoup de travail pour redonner. Ça serait quand même le comble que ce soit le triomphe à l‘intérieur de l'Europe des anti-européens. Donc il va falloir, de toute façon, beaucoup de force à la France notamment et à ce gouvernement pour relever tous les défis qui sont posés par cette interrogation, en profondeur, que font naître les Conservateurs britanniques pour l'essentiel.
OLIVIER MAZEROLLE
Quel que soit le résultat ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Quel que soit le résultat ! Et il y a du boulot.
OLIVIER MAZEROLLE
Merci Jean-Marie LE GUEN.
YVES CALVI
« Quel que soit le résultat », finalement les anti-européens sont en train de gagner du terrain, c'est ce que vient de nous dire le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, merci à tous les deux.Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 juin 2016