Interview de M. Pascal Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports à RTL le 6 juin 2016, sur la violence et la sécurité lors des événements sportifs de football, (l'Euro).

Texte intégral


YVES CALVI
Olivier MAZEROLLE, vous recevez ce matin le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Patrick KANNER.
OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Patrick KANNER.
PATRICK KANNER
Bonjour Olivier.
OLIVIER MAZEROLLE
« La France est le pays le plus menacé au monde », disait récemment le responsable de sécurité intérieure. Il y a donc une menace terroriste, des grèves, des blocages, des manifestations, et on nous promet un mois de fête avec l'Euro. Ça n'est pas surréaliste ?
PATRICK KANNER
C'est réaliste.
OLIVIER MAZEROLLE
C'est réaliste ?
PATRICK KANNER
C'est réaliste, si on le veut…
OLIVIER MAZEROLLE
Dans un pays en proie au doute comme le nôtre.
PATRICK KANNER
Si on le veut, si on le décide, si on est capable d'accompagner, en fait, cette fête qu'attendent tous les Français, tous les journaux le démontrent. Je pense que nos concitoyens sont conscients du risque, et en même temps, voilà, ils sont fiers d'accueillir le troisième évènement le plus connu et le plus important dans le monde sportif, l'Euro 2016, et tout est fait pour que la fête soit réussie. Après, vous savez, je ne suis pas un irresponsable.
OLIVIER MAZEROLLE
Alors, attendez, on va parler de ça, mais ça veut dire que les joueurs ont une responsabilité particulière de remonter le moral du pays ?
PATRICK KANNER
Les joueurs ont une responsabilité de porter un maillot qui peut aller le plus loin possible, et notamment jusqu'en finale le 10 juillet. Mais ne demandons pas aux joueurs de régler tous les maux de la société, naturellement, ils sont là pour réussi leur parcours sportif, au sein de l'Euro.
OLIVIER MAZEROLLE
François HOLLANDE disait hier : « On ne comprendrait pas que les trains ou les avions ne soient pas présents au rendez-vous », mais ça fait plusieurs jours que beaucoup de gens disent ça, y compris des membres du gouvernement, mais les grévistes continuent.
PATRICK KANNER
Oh, les négociations continuent, vous l'avez vu avec notamment les aiguilleurs du ciel, on va le voir avec la SNCF dans les deux prochains jours, les pilotes prennent une lourde responsabilité en menaçant d'une grève juste au week-end du début de l'Euro. Moi je souhaite que la passion soit peut-être, non pas, mise en parenthèses, mais en tout cas soit mise de côté pour que l'Euro puisse être une grande réussite. J'appelle à la responsabilité, comme l'a fait hier le président, le droit de grève est un droit constitutionnel, le droit de manifester, mais le droit de « bloquer le pays », alors que tout le monde nous regarde, quand on dit « tout le monde »…
OLIVIER MAZEROLLE
Le blocage est interdit en principe.
PATRICK KANNER
Le blocage est interdit, puisqu'il y a des mesures de réquisition qui sont possibles.
OLIVIER MAZEROLLE
Alors, est-ce que des mesures sont préparées pour empêcher le blocage ?
PATRICK KANNER
Non, attendez, qu'il n'y ait pas de malentendu, je veux dire, le droit de grève s'exprimera dans le climat juridique qui est prévu pour se faire. Dans ce cadre-là, la responsabilité appartient aussi aux syndicats. Quand j'entends monsieur MAILLY dire : « Nous avons choisi le 14 juin, prochaine journée nationale, parce qu'il n'y avait pas de match de l'équipe de France et qu'il n'y avait pas de match à Paris », je ne dis pas que c'est un sens de la responsabilité, je souhaiterais qu'il n'y ait pas de mouvement national et que tout le monde comprenne qu'aujourd'hui l'Euro doit être un élément de communion, laïque, au niveau du pays.
OLIVIER MAZEROLLE
Alors, vous le savez bien, les pays étrangers nous regardent avec scepticisme, beaucoup de journaux titrent sur « la France incorrigible », il y a un enjeu économique considérable avec l'Euro.
PATRICK KANNER
Oui, l'Euro est considéré à hauteur de 1,2 milliard d'euros, 1,3 milliard d'euros de suractivité par rapport au Produit intérieur brut classique pendant cette période, donc c'est un plus. C'est 20 000 emplois, 20 000 emplois qui ont été utilisés pour la construction des stades, depuis quatre ans, cinq ans maintenant, mais aussi 20 000 emplois pendant l'évènement, puisqu'il y a à peu près 100 000 missions autour de l'hôtellerie, de la sécurité, etc.
OLIVIER MAZEROLLE
Un Euro qui se déroule bien, c'est une condition indispensable pour décrocher les Jeux Olympiques, l'année prochaine, quand ils seront attribués ?
PATRICK KANNER
Oui, pour être très clair, oui. Nous savons que cet Euro sera regardé particulièrement par le CIO, donc il y a là un enjeu et merci de rappeler cet enjeu qui est aussi essentiel pour notre pays, et donc…
OLIVIER MAZEROLLE
Les J.O, c'est combien d'emplois ?
PATRICK KANNER
Les J.O, c'est une période qui est plus courte, c'est 15 jours, mais sur une zone territoriale qui est plus concentrée, mais avec quand même des espaces, comme Marseille par exemple, qui accueillera la base nautique. Donc, les J.O. c'est difficile à dire, à ce stade, je pense que c'est au moins autant d'emplois, au moins autant d'emplois que l'Euro 2016.
OLIVIER MAZEROLLE
Alors, la polémique BENZEMA, bon, ne parlons plus du racisme en équipe de France qui n'existe pas, mais cette polémique met en relief un autre malaise qui est constant en France, vous êtes ministre de la Ville, cette difficulté qu'il y a à trouver la juste mesure avec les jeunes d'origine étrangère.
PATRICK KANNER
Tout d'abord, Didier DESCHAMPS a construit une belle équipe, une équipe aux couleurs de la France, ça a été rappelé hier par le président de la République lors de sa visite à Clairefontaine. En aucun moment je n'ai douté, je dirais, de la sincérité sportive, naturellement…
OLIVIER MAZEROLLE
Mais c'est pour ça que je dis : c'est au-delà de l'équipe de France elle-même.
PATRICK KANNER
Après, que monsieur BENZEMA ait jugé utile de lancer une polémique qui est pour moi dangereuse, qui consisterait à laisser entendre que quelque part, quand on a tel profil dans un quartier, on n'est pas capable de rentrer dans l'équipe de France, c'est faux, naturellement. Par contre, qu'il y ait des discriminations, qu'il y ait des difficultés sociales, qu'il y ait un sentiment d'injustice, voire même de relégation, Manuel VALLS, le Premier ministre, l'a très clairement évoqué quand il a parlé d'apartheid ethnique, territorial et social, et en même temps, une fois qu'on a nommé les choses, il faut agir, c'est tout le sens de la politique de la ville, rétablir l'égalité des chances pour ceux qui, peut-être, sont plus soumis, en fait, naturellement, à cette forme d'injustice, qui peut exister dans un pays comme la France, mais comme dans tous les pays aujourd'hui développés.
OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce que vous pourriez dire aux dirigeants du football, que ces populations soient un petit peu plus représentées dans les instances dirigeantes du football national ?
PATRICK KANNER
Oh, il est vrai que dans la gouvernance du sport il y a des phénomènes qui sont assez typiques, par exemple une seule femme présidente de fédération olympique sportive. Et il est vrai que, voilà, la diversité de la France ne se retrouve pas totalement dans la gouvernance du sport, c'est un sujet que j'évoque très régulièrement, avec notamment le président du CNO, Denis MASSEGLIA.
OLIVIER MAZEROLLE
Alors, on parle de la sécurité, vous connaissez la versatilité de l'opinion publique, sécurité avec les fans-zones, si ça se passe bien, vous serez encensé, s'il y a le moindre incident et pire encore, un attentat, vous passerez pour des irresponsables.
PATRICK KANNER
Gouverner, c'est savoir choisir, c'est pas moi qui l'ai dit, vous le savez, c'est aussi aller jusqu'au bout de nos responsabilités. Nous avons pris toutes nos responsabilités, avec Bernard CAZENEUVE, jamais un évènement sportif n'aura été autant sécurisé. 100 % de précautions, le risque zéro n'existe pas, naturellement.
OLIVIER MAZEROLLE
Mais on vous dira : « Eh bien vous avez pris trop de risques »…
PATRICK KANNER
Mais, monsieur MAZEROLLE…
OLIVIER MAZEROLLE
… si jamais il devait y avoir, même, simplement, ne parlons pas simplement d'un attentat, mais de mouvements de foules. Les hooligans, là, les casseurs, qui sont dans les manifs, ils peuvent aller créer des incidents. 90 000 personnes à surveiller.
PATRICK KANNER
Monsieur MAZEROLLE, on a tenu le Marathon de Paris le 3 avril, pas d'incident. On a tenu pendant ces 15 jours, malgré la pluie, Roland Garros, aucun incident. Les matchs qui se sont déroulés depuis le 13 novembre, en dehors du fameux match de la Coupe de France, où c'était un phénomène d'hooliganisme très particulier, venant des supporters de Marseille, pour être très clair, mais tous ces matchs de football, mais aussi de rugby, ont été tenus. Donc nous prenons nos responsabilités. Je vous rappelle qu'il y aura 77 000 policiers et gendarmes et aussi agents de la sécurité civile qui assureront cette sécurité, plus 13 000 agents privés.
OLIVIER MAZEROLLE
13 000 agents privés, et vous savez très bien qu'on ne peut pas vérifier leur parcours réel.
PATRICK KANNER
Si, bien sûr que si. Tous ces agents sont criblés. J'étais en visite avec Myriam El KHOMRI dans un centre de formation à Paris il y a quelques jours, dans la banlieue parisienne, et je puis vous dire qu'aucun agent qui sera recruté pour, et qui a été recruté pour ces évènements, ne passera en dehors du crible que nous avons organisé avec le ministère de l'Intérieur, le ministère de la Justice, donc voilà. Donc il n'y a pas aujourd'hui de risques liés à une sorte d'entrisme à l'intérieur des structures privées, parce que nous avons fait notre métier. Après, que la menace terroriste existe, naturellement qu'elle existe, sur l'ensemble du pays, il n'y a pas de menace identifiée sur l'Euro en tant que tel, mais nous sommes responsables, nous irons jusqu'au bout de cette responsabilité par la sécurité que nous offrons, à nos concitoyens mais aussi au million, je dis bien au million de visiteurs étrangers.
OLIVIER MAZEROLLE
Allez, reprenez votre casquette de ministre des Sports. Un pronostic ?
PATRICK KANNER
La France doit faire sept matchs, si elle fait sept matchs, c'est qu'elle est en finale.
OLIVIER MAZEROLLE
Et après, en finale, il y a encore 90 minutes.
PATRICK KANNER
Il y a encore 90 minutes, mais vous savez, c'est comme en politique, un match doit aller jusqu'au bout et on peut même gagner dans les prolongations.
OLIVIER MAZEROLLE
Merci Patrick KANNER.
YVES CALVI
Sur les fameuses fans-zones, jamais un évènement sportif n'aura été autant sécurisé, vient de nous dire le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Patrick KANNER.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 juin 2016