Interview de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "RTL" le 14 juin 2016, sur les violences en marge de manifestations, sur le meurtre de deux policiers à leur domicile, sur les violences de supporter à l'occasion du l'Euro 2016.

Texte intégral

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Stéphane LE FOLL.
STEPHANE LE FOLL
Bonjour.
OLIVIER MAZEROLLE
La France renoue avec le drame, avec l'assassinat, le massacre de ce couple de policiers, tués chez eux. On apprend que le tueur avait été condamné pour participation à une filière de recrutement djihadiste, et on n'a plus de doute, c'est bien d'un acte terroriste qu'il s'agit ?
STEPHANE LE FOLL
Tout d'abord, moi j'aurais une pensée pour tous ceux qui connaissaient ces deux policiers, pour ce petit enfant qui a été retrouvé par le Raid après l'assaut. Cet acte a été fait par quelqu'un qui avait été effectivement arrêté pour recrutement. Je ne connais pas, ni les circonstances exactes, puisque le parquet antiterroriste s'est saisi de l'affaire. Il y aura, à un moment ou à un autre, une expression du procureur de la Républiques. Pour l'instant, moi j'ai un message à faire passer à tous les policiers du commissariat qui connaissaient ce commandant, à toute la famille, au Raid aussi, pour l'action qui a été conduite, comme toujours, avec détermination et efficacité, si on considère que le terroriste a été tué et que le petit enfant a été sauvé. Voilà, où nous en sommes ce matin. J'ai effectivement entendu parler des revendications qui sont souvent de Daesh, mais…
OLIVIER MAZEROLLE
De Daesh, oui. Qui jusqu'à présent n'a jamais revendiqué à la légère.
STEPHANE LE FOLL
Oui, et en, même temps, on le sait aujourd'hui, ils revendiquent assez systématiquement. Je ne vais pas rentrer dans ce débat, il faut qu'on ait le temps d'analyser les choses, et je l'ai dit, il y aura aussi l'expression, à un moment, du procureur de la République. Ce matin il y a une réunion à l'Elysée avec le Premier ministre et Bernard CAZENEUVE, donc à l'heure où on parle, il est difficile, je l'ai dit, de tirer quelques conclusions que ce soit, il faut être extrêmement prudent, mais c'est un acte terrible, un drame terrible, un acte terroriste, par le fait d'ailleurs que le Parquet antiterroriste s'est saisi de cette affaire.
OLIVIER MAZEROLLE
Mais on peut remarquer quand même qu'il y a quelques jours, Daesh avait dit : « Allez-y, ne demandez pas la permission, agissez, mais surtout n'oubliez pas de dire que vous agissez au nom de Daesh ». Donc, est-ce qu'on va avoir, comme ça, une multiplication de tueurs isolés ?
STEPHANE LE FOLL
Est-ce qu'on va avoir une multiplication ? Personne ne peut le savoir, puisque là on a des tueurs, vous l'avez dit, isolés, des gens qui un jour passent à l'acte, sans qu'on puisse déterminer, ni le moment, ni exactement ce qui fait cette bascule dans le drame. C'est ça la difficulté. On a bien sûr des réseaux, des renseignements, et ça a été rappelé, ce personnage avait été repéré, parce qu'il servait sûrement à du recrutement, et ensuite, la difficulté, elle est là. En même temps, aujourd'hui, on le sait sur le terrain, que ça soit en Irak ou en Syrie, de manière très claire, Daesh recule et est en grandes difficultés, donc une espèce aussi de volonté de continuer à diffuser sa haine et le meurtre partout. Donc on est dans ce moment où il faut plus que jamais être d'une vigilance absolue, l'état d'urgence est maintenu et on doit continuer ce travail de renseignements, tous les jours et surtout saluer le travail des policiers, qui tous les jours et toutes les nuits, d'ailleurs, travaillent sur ce sujet.
OLIVIER MAZEROLLE
Et il y a eu aussi à Marseille, ces violences autour du match Russie – Angleterre. La Fédération anglaise de football met en cause la sécurité à l'intérieur du stade Vélodrome, dit qu'elle n'a pas été suffisamment assurée, qu'il y avait des fumigènes, au moins une bombe agricole, et sur les images, on voit même à un moment donné un homme brandir une pelle. Comment tout cela a-t-il pu entrer au stade ?
STEPHANE LE FOLL
Ecoutez, sur toutes les règles de sécurité qui ont été mises en places, elles ont été discutées avec les instances de football, tout a été fait pour que l'on évite justement que dans les stades il y ait des risques, on l'a vu à Marseille, c'est d'abord à l'extérieur des stades que les problèmes se sont posés. Là aussi, des matchs avaient été identifiés comme étant à hauts risques, celui de l'Angleterre et de la Russie, celui aussi de la Croatie et de la Turquie, où il ne s'est rien passé, et tant mieux, où les supporters se sont comportés comme des supporters. Là, il y a un sujet, on a un problème d'informations venues de Russie, puisqu'il semble, de manière très claire, qu'une partie de ceux qui ont été les plus violents et qui se sont, dans le port et le vieux port de Marseille, attaqués, et en particulier aux supporters anglais, étaient des Russes qui étaient venus par petits groupes, et là il y a un vrai sujet de collaboration, pour empêcher ce type de groupe d'agir. Et puis deuxièmement, il y a aussi, à avoir avec l'UEFA, la manière dont on organise les choses, et on prend des sanctions, parce que…
OLIVIER MAZEROLLE
Mais la palpation à l'entrée, normalement on ne devrait pas avoir de fumigènes ni de bombes agricoles, ni pelles.
STEPHANE LE FOLL
La palpation à l'entrée est faite justement pour ne pas avoir de fumigènes ou de pelles. Alors, je ne sais pas, moi je n'ai pas vu les images dont vous me parlez, avec la pelle en particulier, mais c'est organisé et fait justement pour qu'il n'y ait pas ce type de choses.
OLIVIER MAZEROLLE
Aujourd'hui, il va y avoir une journée de manifestations, Philippe MARTINEZ, le secrétaire général de la CGT annonce une mobilisation énorme. Pour vous, ça sera un baroud d'honneur ?
STEPHANE LE FOLL
Alors, pour moi, je vais regarder comme d'autres, ce qui va se passer cet après-midi. Je rappellerai simplement que dans ce débat, il y a, effectivement, des discussions et des divergences entre la CGT, FO, et ce que nous proposons dans le projet de loi, soutenus par d'autres syndicats. Il y a ce fameux article 2, pour savoir si on favorise plus la négociation dans l'entreprise, à condition qu'il y ait des syndicats qui représentent plus de 50 % des salariés, qui signent des accords, c'est ça l'enjeu. La CGT et FO sont contre cet article, fondamentalement contre, alors que je pense que cet article c'est une des conditions pour faire en sorte que les salariés dans les entreprises se syndicalisent et qu'on donne un rôle aux syndicats, qui est à la fois de défendre les salariés, et en même temps de prendre en compte les situations des entreprises, pour faire en sorte que chacun puisse anticiper, et la croissance, et la création d'emploi. C'est quand même ça l'enjeu. Là il y a une vraie divergence, un vrai sujet de fond, et sur ce sujet…
OLIVIER MAZEROLLE
Donc il n'y a rien à attendre de la rencontre entre Philippe MARTINEZ et Myriam El KHOMRI vendredi.
STEPHANE LE FOLL
Alors, moi j'ai vu que la CGT et Philippe MARTINEZ avaient quand même évolué, parce que depuis le début, c'était : retirez tout le texte, et puis après on va voir.
OLIVIER MAZEROLLE
Oui, mais enfin…
STEPHANE LE FOLL
Aujourd'hui c'est plus le retrait…
OLIVIER MAZEROLLE
Il dit : il veut bien discuter mais il faut retirer les cinq articles qui constituent la colonne vertébrale du…
STEPHANE LE FOLL
Voilà. Bon. On devait retirer tout le texte, aujourd'hui il y a cinq articles. Bon, on verra. Moi je souhaite que chacun puisse s'écouter.
OLIVIER MAZEROLLE
Quelle est la porte de sortie possible ? Dans le fond, le gouvernement, est-ce qu'il attend tout simplement que le mouvement s'effiloche, parce que l'Euro est là, parce que les vacances arrivent ?
STEPHANE LE FOLL
Mais le gouvernement, il n'attend pas ce qui vient de… ceux qui sont opposés à la loi, il attend surtout que cette loi puisse se mettre en oeuvre, parce que, au fond, le gouvernement, ceux qui défendent cette loi, ils pensent que ça sera bon pour les salariés, et les entreprises, donc bon pour les entreprise de France, donc bon pour la France.
OLIVIER MAZEROLLE
Oui, mais quel est le débouché ? Parce que finalement, vous allez vous retrouver après le Sénat, à l'Assemblée nationale, et les frondeurs vous disent déjà : « Mais attendez, vous n'aurez jamais une majorité de députés socialistes, enfin, permettant… suffisamment de députés socialistes pour obtenir la majorité et faire passer le projet de loi, sans le 49.3 ».
STEPHANE LE FOLL
Oui, alors, les frondeurs, les frondeurs portent une lourde responsabilité, ils anticipent systématiquement le pire. On verra. On verra. J'ai vue d'ailleurs que la Haute autorité saisie au sein du Parti socialiste, avait considéré qu'ils avaient fait un manquement à un des articles des statuts du Parti socialiste, manquement en solidarité. Je voudrais qu'ils réfléchissent quand même à chaque fois, parce que sur le fond, je l'ai dit, qu'est-ce qu'il y a qui ferait qu'on irait jusqu'au bout d'une logique d'empêchement, sur cette loi ? Les valeurs de gauche ? L'idée qu'on se fait de ce que doit faire la gauche ? Mais le progrès, avec la garantie jeunes, le compte pénibilité ou le compte personnel d'activité, ce sont des choses qui ont toujours été revendiquées. Où est le sujet, si ce n'est d'arrêter d'être dans cette volonté systématique de considérer que ce qui est déposé et discuté, peut être empêché. C'est ça le sujet.
OLIVIER MAZEROLLE
Où est l'autorité ? Où est l'impact du président de la République ? Vous vous rendez compte que ses partisans doivent renoncer à se réunir, comme c'était votre cas hier soir à Poitiers, ou bien quand ils le font avec beaucoup de ministres comme la semaine dernière à Paris, c'était devant 500 militants, et protégés par 200 policiers. Où est l'autorité présidentielle ?
STEPHANE LE FOLL
Mais, où est, dans notre démocratie, le respect de ce que peut penser quelqu'un qui ne pense pas la même chose que vous ? C'est ça le sujet. Et il y a aujourd'hui des gens qui sont rentrés dans une radicalité, on ne va pas se parler autrement. Pourquoi je n'ai pas pu aller à Poitiers hier soir ? Parce que la CGT avait décidé de faire une manifestation à 200 m de la salle, sur une voie qui était tout à fait ouverte, et que c'est le maire de Poitiers, Alain CLAEYS, qui me l'a dit, ils allaient venir jusqu'au meeting, pour l'empêcher. Voilà des gens, avec lesquels on pourrait discuter, on peut avoir des discussions, des divergences, mais qui parce qu'ils ont décidé que, eux, ils ne voulaient pas de ce texte, qu'il fallait qu'on le retire et qu'il n'y avait aucune discussion à avoir, ils empêchent que des réunions publiques se tiennent. On ne va pas non plus, et vous l'avez très bien dit, aller à Poitiers et demander à ce qu'il y ait des forces mobiles. Il y a assez de sollicitations pour les policiers aujourd'hui, donc on fait en sorte, mais on y reviendra. Que la CGT de Poitiers se rassure, si elle veut une rencontre, si elle veut une discussion avec moi, elle l'aura ! Et il faudra qu'ils aient des arguments solides à faire valoir et pas simplement des invectives à lancer.
OLIVIER MAZEROLLE
Merci Stéphane LE FOLL.
YVES CALVI
Stéphane LE FOLL qui rend hommage aux policiers assassinés et à l'intervention du Raid et de la BRI, qui a permis de protéger l'enfant du policier et de son épouse. Une information RTL que nous publions maintenant, Monsieur LE FOLL, je voulais juste vous demander une réaction : le meurtrier présumé était donc suivi par la police ces derniers mois ; pensez-vous qu'on puisse s'inquiéter ou quand tout cas il faut réviser les règles de suivi des gens considérés comme dangereux et qu'il peut y avoir un défaut d'informations ?
STEPHANE LE FOLL
Alors, le problème, c'est qu'on suit des gens, parce qu'on sait qu'il y a un danger. Après, il y a des règles de justice, c'est-à-dire qu'on ne peut agir que lorsqu'il y a des faits qui sont constatés et qui justifient qu'on emprisonne, parce qu'on revient toujours au même débat. Est-ce que l'a priori de risque justifie l'enfermement ? C'est la vraie question. On est dans un état d'urgence, mais on est aussi dans un état de droits. C'est l'appréciation des services qui suivent ces gens, mais la difficulté c'est de savoir exactement, c'est vrai, quand est-ce que ça peut basculer, et pourquoi, et d'agir à ce moment-là. Moi je salue ce travail qui est fait, mais je sais aussi que malheureusement, échappera quelquefois, à cette surveillance, des individus qui vont basculer sans qu'on puisse le déceler. Bon. Mais il faut renforcer, bien sûr, cette surveillance.
YVES CALVI
Merci Stéphane LE FOLL.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juin 2016