Interview de M. Emmanuel Macron, ministre de l'économie de l'industrie et du numérique, à "RTL" le 17 juin 2016 sur les conséquences d'un éventuel Brexit, sur la note de conjoncture optimiste de l'Insee, sur l'entreprise EDF.

Texte intégral

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Emmanuel MACRON.
EMMANUEL MACRON
Bonjour.
OLIVIER MAZEROLLE
L'INSEE annonce une croissance pour la France un peu meilleure : 1,6 au lieu de 1,5. On peut dire, comme le président de la République, que ça va mieux mais on peut dire aussi qu'avec un euro plus faible, un prix du pétrole qui est quand même très bas et des taux d'intérêt qui sont négatifs, si l'économie française était vraiment en pleine forme, on ferait nettement mieux que 1,6. Quelle est votre interprétation ?
EMMANUEL MACRON
On peut toujours mieux faire mais je crois d'abord qu'il était important de dire, après beaucoup de commentaires et de doutes que certains ont pu avoir, qu'en effet la prévision française est confirmée et que ce 1,6 % est un bon chiffre. Ensuite, est-ce qu'on le doit simplement au hasard ou aux conditions extérieures ? Je ne crois pas. C'était déjà le cas l'année dernière et c'est vrai que l'année dernière, on a été un peu tiré par des taux bas, des prix du pétrole qui baissaient et qui restent bas, et qui donnent plus de compétitivité et de pouvoir d'achat à nos concitoyens.
Là, c'est la combinaison de ces facteurs extérieurs et, en même temps, ce sont les premiers fruits de la politique qui a été conduite, en particulier ce qu'on appelle la politique de compétitivité. C'est-à-dire le Crédit impôt compétitivité emploi, le Pacte de responsabilité annoncé au début de l'année 2014 par le président de la République, qui ont permis justement de baisser le coût du travail en particulier pour les entreprises et, ainsi, de reconstituer les marges. On a reconstitué aujourd'hui deux tiers des marges qui avaient été perdues pendant la crise. Ça veut dire que l'effort n'est pas fini, que tout n'est pas parfait, mais ça veut dire que ça s'améliore.
FRANÇOIS LENGLET
Sur l'emploi, vous évoquiez l'emploi.
EMMANUEL MACRON
Pour qu'on comprenne bien le mécanisme : quand les entreprises reconstituent leurs marges, que la confiance des entreprises est là – j'insiste bien pour parler des entreprises parce qu'il faut être très prudent – et en même temps que les taux sont bas, les entreprises réinvestissent. C'est ce qu'on voit. C'est vrai que le fait nouveau de ce chiffre et de cette note, c'est le redémarrage assez significatif de plus de 4,5 % de l'investissement, en particulier des entreprises.
FRANÇOIS LENGLET
C'est une prévision pour l'instant. Les chiffres avérés sont beaucoup plus faibles.
EMMANUEL MACRON
Non. Les chiffres du premier trimestre sont plus faibles, mais la tendance sur l'année de 4,7, ça c'est important.
FRANÇOIS LENGLET
C'est une prévision, absolument.
EMMANUEL MACRON
Je vous dis juste pourquoi. D'abord ça, c'est la conséquence de la politique qui est conduite aussi et c'est la condition pour un redémarrage parce que si les entreprises n'investissent pas aujourd'hui, elles n'embaucheront pas.
FRANÇOIS LENGLET
On l'a bien compris. Je voudrais juste qu'on s'intéresse à l'emploi, qui est au fond un sujet qui intéresse beaucoup les auditeurs. J'ai regardé les chiffres. En fait, quand vous êtes arrivé au pouvoir en 2012, il y avait en France seize millions trente-six mille emplois salariés marchands, c'est-à-dire dans le secteur privé. Aujourd'hui, quatre ans plus tard, on est à seize millions vingt-et-un mille, c'est-à-dire quasiment le même chiffre. Zéro, croissance zéro en quatre ans. Vous allez en quelque sorte rendre la France dans l'état dans lequel vous l'avez trouvée. Il n'y a quand même pas de quoi tirer un feu d'artifice.
EMMANUEL MACRON
Mais vous me voyez ce matin tirer un feu d'artifice ?
FRANÇOIS LENGLET
Non.
EMMANUEL MACRON
Vous m'avez déjà entendu tirer des feux d'artifice ? Non, parce que la France a traversé durant plusieurs années une crise – on a beaucoup utilisé ce mot – mais une période…
FRANÇOIS LENGLET
La crise, c'était plutôt avant.
EMMANUEL MACRON
Non, mais on a traversé une période… La caractéristique de l'économie française, c'est qu'elle subit moins brutalement que d'autres économies la crise et qu'elle redémarre beaucoup plus lentement. C'est d'ailleurs ce à quoi on assiste. Là, nous sommes dans la moyenne de la zone euro, même un peu plus. Maintenant ce qui est tout à fait vrai, c'est que l'économie française a plutôt détruit plus d'emplois que les économies voisines pendant la crise et que dans la période que vous…
FRANÇOIS LENGLET
Beaucoup moins que l'Allemagne, que l'Espagne.
EMMANUEL MACRON
Nous avons détruit plus d'emplois que des pays voisins comme l'Allemagne qui ont pourtant eu des récessions plus importantes. L'Espagne en a détruit beaucoup plus mais enfin, je vous rappelle d'où elle vient. Elle a eu plusieurs années de récession massive et elle a procédé en plus à des restrictions budgétaires qui ont eu de vraies conséquences sur l'emploi. Mais pourquoi on se retrouve dans cette situation ? Parce que nous avons dû faire face à deux défis : un défi en termes de compétitivité - je viens d'en rappeler la dimension.
Ça prend du temps pour reconstituer les choses, il n'y a pas de politique miracle – et ensuite un défi en termes de finances publiques qui a imposé le sérieux budgétaire. J'entends bien, les uns nous disent : « Ça n'est jamais assez », spécialement celles et ceux qui n'ont pas fait le travail avant. Ils vous disent : « Il faudrait faire bien davantage ». D'autres vous disent : « Vous faites déjà trop ». Ce qui est vrai, c'est que la politique de sérieux budgétaire, c'est-à-dire d'économies en particulier par rapport à la tendance normale, ça aussi pèse sur l'économie. Ça permet de redémarrer moins vite.
Aujourd'hui, les chiffres que vous dites sont factuellement justes, vous avez tout à fait raison de les présenter comme ça, mais pour moi le coeur du défi français aujourd'hui et maintenant, ce n'est pas tellement au fond de regarder les choses trébucher ainsi. C'est d'essayer de prendre en compte la grande transformation économique que nous sommes en train de vivre. C'est-à-dire celle de la transition numérique, de la transition énergétique et de dire comment on prépare le pays à cela. Et cela, c'est encore plus large et c'est ça notre vrai défi.
OLIVIER MAZEROLLE
Sur l'emploi, une question d'actualité. Hier, il y a eu un échec des négociations entre partenaires sociaux sur l'assurance-chômage. Le gouvernement reprend le dossier. Est-ce que pour faire en sorte qu'il n'y ait pas les trente milliards de dette de l'assurance-chômage à la fin de l'année le gouvernement envisage des mesures du genre : période d'allocation diminuée, dégressivité des allocations comme vous-même vous l'aviez envisagé ou également Manuel VALLS d'ailleurs ?
EMMANUEL MACRON
D'abord ce qu'il est important de dire au moment où nous nous parlons, parce qu'il y a sans doute beaucoup d'auditeurs qui écoutent ça non pas comme un sujet théorique mais comme un sujet d'angoisse, parce qu'ils sont au chômage et on ne choisit pas d'être au chômage, il est important de dire que les prestations seront versées, que le système est préservé et qu'il n'y aura pas de changement pour eux au quotidien. Premier point. Deuxième sujet : la négociation a échoué parce qu'elle se situe dans un contexte – on a le droit de se dire les choses autour de cette table ce matin – qui n'était pas le plus adapté pour pouvoir aboutir.
Le souhait du gouvernement, Myriam EL KHOMRI l'a annoncé dès hier. C'est de pouvoir reconvoquer dès la fin de l'été une nouvelle discussion pour aboutir. Ensuite, d'évidence il va falloir donner une dynamique plus intelligente à ce système d'indemnisation du chômage. Je ne pense pas qu'il faille réduire drastiquement pour des raisons budgétaires aujourd'hui, alors même qu'on n'a pas encore suffisamment de croissance et que vous rappeliez ces chiffres, parce que ce n'est pas aux chômeurs et aux chômeuses de subir cet ajustement. Par contre, j'ai beaucoup écouté et consulté sur ce sujet, en particulier des économistes comme Daniel COHEN, qui proposent des choses plus dynamiques et plus intelligentes qui consistent à dire : quand l'économie va mieux, ayons un modèle un peu dynamique qui réduit justement les périodes de référence, qui peut mettre plus de dégressivité dans le système parce que comme l'économie va mieux…
FRANÇOIS LENGLET
On paye donc moins les chômeurs.
EMMANUEL MACRON
On paye moins et moins longtemps parce que ça permet justement d'avoir un modèle plus dynamique qui les incite à retourner. Par contre, quand on est à des niveaux de croissance encore faibles avec un taux de chômage important, on reste sur un modèle qui protège parce que personne ne fait le choix d'être au chômage. Ça veut dire pas une réforme budgétaire et brutale mais un modèle dynamique et plus intelligent. Enfin sur ce sujet, et vous l'avez cité, l'Etat aura un rôle croissant à jouer. Parce qu'en effet, c'est un système qui dans les faits est de moins en moins paritaire. C'est un système qui dans les faits, quand il y a quasiment trente milliards de déficit cumulés et que c'est donc la garantie de l'Etat et par là même du contribuable qui fait vivre le système, on n'est plus totalement dans un système paritaire.
FRANÇOIS LENGLET
Y aura-t-il selon vous un coût économique du climat social dégradé que vous évoquiez à l'instant, les manifestations, les grèves ? L'INSEE semble l'évoquer. Est-ce qu'il y aura un coût en termes de croissance et d'emploi ?
EMMANUEL MACRON
C'est très difficile de le dire comme ça aujourd'hui. Quand on regarde les notes techniques qui sont transmises, il n'y a pas de coût macroéconomique de ces événements. Par contre, il y a dans certaines zones particulièrement touchées un vrai coût pour celles et ceux qui y travaillent. Pour les commerces de centre-ville, pour celles et ceux qui ont des cafés, des restaurants, des hôtels et qui sont en ce moment dans le centre de Paris, qui sont dans des villes qui ont fait l'objet de beaucoup de manifestations – je pense à Rennes, à Nantes, à La Rochelle.
OLIVIER MAZEROLLE
… de l'industrie à cause des grèves dans les raffineries par exemple.
EMMANUEL MACRON
Ça, on a regardé : l'impact est extrêmement faible, y compris pour le cas des entreprises qui ont été touchées. Il faut toujours distinguer l'analyse macroéconomique en moyenne – c'est les chiffres qu'on se donne – et puis la réalité que vivent certaines catégories de personnes à certains endroits. Il y a des gens qui ont été lourdement touchés, qui sont lourdement impactés parce que ces mouvements sociaux et par ces grèves. Donc pour ces derniers, j'ai réuni la semaine dernière ce qu'on appelle la cellule de continuité économique où chacun de ces secteurs était représenté.
On a regardé ça de très près et on a mis en place pour justement à la fois les commerçants, les artisans, les entrepreneurs qui ont été touchés par tous ces événement adverses et évidemment celles et ceux qui ont été touchés par les inondations, un dispositif d'urgence avec la possibilité de lisser les charges fiscales et sociales. Toute mesure très pragmatique utile qu'on a synthétisée de manière très concrète dans un petit livret avec un numéro unique par département pour éviter qu'il y ait des défaillances d'entreprise en raison justement de ces événements.
OLIVIER MAZEROLLE
A propos de cette crise sociale, est-ce qu'il y a un plan du gouvernement pour en sortir ? On a le sentiment que le gouvernement n'attend qu'une seule chose : c'est que la CGT s'effondre et que finalement le 49-3 fasse passer la loi au mois de juillet à l'Assemblée.
EMMANUEL MACRON
Ecoutez, je pense qu'il ne faut jamais souhaiter l'effondrement de qui que ce soit et la CGT fait partie des grands syndicats de ce pays. Moi, j'ai toujours des discussions avec beaucoup de respect. D'ailleurs pendant que nous nous parlons, Myriam EL KHOMRI reçoit Philippe MARTINEZ.
OLIVIER MAZEROLLE
Dans dix minutes.
EMMANUEL MACRON
Dans dix minutes. Et donc, je pense qu'il ne faut pas souhaiter l'effondrement de qui que ce soit. En France, on a besoin d'avoir justement des syndicats qui sont forts dans les entreprises. C'est l'objectif d'ailleurs de cette loi : c'est la transformation à laquelle elle contribue.
OLIVIER MAZEROLLE
Mais enfin, le gouvernement attaque la CGT en disant : « Regardez ! Maintenant, c'est presque des casseurs ».
EMMANUEL MACRON
Non mais là-dessus, il faut distinguer les choses. Il est évident que les images qu'on a vues cette semaine sont inacceptables, les slogans qu'on a parfois vus cette semaine sont inacceptables, que les attitudes qu'on a vues cette semaine de casser un hôpital public où il y a des enfants c'est inacceptable. Ce qui est essentiel, c'est que la CGT le condamne avec fermeté, c'est que la CGT avec ses services d'ordre là aussi fasse le travail qui est le sien et, évidemment, les forces publiques qui font un travail remarquable toutes ces dernières semaines, qui ont à faire face – sous l'autorité de Bernard CAZENEUVE – aux risques terroristes, à ces manifestations, aux événements liés à l'Euro, eh bien ! Agissent et maintiennent justement l'autorité de l'Etat, ce qui est le cas et je le redis encore avec vraiment une attitude qui est extraordinaire de calme et de souci de l'ordre public. Maintenant, une fois qu'on a dit ça, il y a un droit de faire grève, il y a une discussion à avoir dans la société, il faut avoir de l'autorité et de la lucidité. Les craintes qu'on entend s'exprimer, ce sont aussi des craintes de la société française, une angoisse face au changement, donc il faut pouvoir y répondre et lui donner un sens. Il faut continuer à dialoguer même quand c'est difficile, même quand il y a des attitudes qui sont un peu injustes ou outrancières et il faut éviter toute manipulation sur ce sujet. Et je crois que la CGT, ce qu'on peut lui reprocher, c'est qu'à certains moments elle a un peu joué avec cette angoisse et qu'elle a un peu utilisé justement la discussion autour de ce texte pour jouer avec la peur de certains. Mais mon souhait, c'est vraiment qu'on puisse continuer ce travail et, en particulier, ce travail de pédagogie autour de ce qu'il y a dans la loi et justement de la réforme à conduire.
FRANÇOIS LENGLET
On vient là sur la fiscalité, une question sur l'ISF. On ne parle pas de votre situation fiscale personnelle, vous vous en êtes expliqué, mais de l'ISF en tant que tel. C'est un impôt qui frappe les patrimoines supérieurs à 1.300.000 €, quelques 350.000 contribuables le paient, il est très critiqué pour ses effets dissuasifs sur l'investissement en France, c'est-à-dire sur l'activité et l'emploi que vous évoquiez à l'instant. Faut-il supprimer l'ISF ?
EMMANUEL MACRON
Ce que nous proposons sur ce sujet, parce que vous avez raison…
FRANÇOIS LENGLET
Nous c'est qui, c'est vous ?
EMMANUEL MACRON
Le gouvernement.
FRANÇOIS LENGLET
Le gouvernement il a multiplié par 2 quand il est arrivé.
EMMANUEL MACRON
Ça ne m'a pas échappé et surtout, il y a un taux…
FRANÇOIS LENGLET
D'ailleurs, vous étiez à l'origine de cette initiative puisque vous étiez conseiller économique du président.
EMMANUEL MACRON
…Mais vous savez, moi j'ai une éthique personnelle qui est que j'étais à l'époque secrétaire général adjoint du président de la République. Et donc quand on est membre de cabinet d'un responsable politique quel qu'il soit, on est solidaire de toutes les décisions prises. Donc je ne commenterai jamais ces sujets, c'est la décision qui a été prise…
FRANÇOIS LENGLET
Vous l'avez approuvée.
EMMANUEL MACRON
Au début… ça ne veut pas dire qu'à titre personnel, vous l'approuvez, ça veut dire que vous vous interdisez de commenter sur votre avis personnel.
FRANÇOIS LENGLET
Alors qu'est-ce qu'il faut faire…
EMMANUEL MACRON
Et donc en effet le taux a été augmenté, en particulier il est dans un contexte de taux bas et de faible rémunération du capital très important. Par contre, l'ISF a un effet pervers lorsqu'il s'agit de taxer celles et ceux qui peuvent réinvestir dans l'économie et donc être utile au financement de votre économie, au financement de l'innovation et quelque part à votre souveraineté. Ce qu'on propose c'est ce qui s'appelle le « compte entrepreneur investisseur », qui sera d'ailleurs porté dans les textes financiers de l'automne, ça fait partie des réflexions que j'ai initiées dans le cadre des nouvelles opportunités économiques et qui consiste à dire : on crée un véhicule qui, d'ailleurs sur la fiscalité, impôt sur le revenu et l'ISF permet à celles et ceux qui justement s'enrichissent par leur travail, par leur entreprise ou autres de pouvoir – sans être taxé sur ses plus-values – les réinvestir dans l'économie française. Au fond en France, on mélange souvent un peu tous les sujets, ce qu'il faut taxer c'est plutôt le capital dormant, la rente, ce qu'il faut encourager c'est la réussite personnelle par la création de richesse et la possibilité de réinvestir dans l'économie, c'est ma philosophie.
OLIVIER MAZEROLLE
Monsieur MACRON vous concernant, la violation du secret fiscal, c'est Michel SAPIN le coupable ?
EMMANUEL MACRON
Oh ! Ecoutez ! Moi je ne suis jamais rentré dans ces débats. Vous savez, j'ai un principe depuis que je suis ministre…
OLIVIER MAZEROLLE
Donc vous ne le dites pas !
EMMANUEL MACRON
J'ai un principe depuis que je suis ministre, c'est que je crois dans la bienveillance. Vous ne m'avez jamais entendu derrière un micro ou derrière les coursives dire du mal de quelque responsable politique que ce soit…
OLIVIER MAZEROLLE
D'accord.
EMMANUEL MACRON
Je ne l'ai jamais fait parce que vous savez quoi…
OLIVIER MAZEROLLE
Vous ne le direz pas !
EMMANUEL MACRON
Je vis dans l'espoir que ce soit une maladie contagieuse…
OLIVIER MAZEROLLE
Ce matin, nous publions avec Le Figaro et LCI un sondage TNS SOFRES qui montre que seulement 7 % des Français souhaitent voir François HOLLANDE se représenter. Est-ce que vous ne participez pas à l'affaiblissement de l'autorité du président de la République par vos petites phrases, votre comportement à Chartres, on vous a vu rigoler pendant que lui vous cherchait partout, etc., est-ce que vous ne donnez pas ou ne contribuez pas à l'idée que le président est incapable de mettre de l'ordre, y compris dans sa propre équipe ?
EMMANUEL MACRON
Ecoutez ! Vous pouvez en effet décider que j'ai forcément tous les torts, celui qui consiste à parler, celui qui consiste parfois à ne pas parler, le tort de défendre la politique du gouvernement et d'être l'un des rares décideurs politiques à continuer à aller au contact des Françaises et des Français pour discuter, pour expliquer même quand les circonstances sont assez adverses, je ne crois pas qu'en tout cas mon attitude soit ni dans le conflit et le mépris ni la désinvolture.
OLIVIER MAZEROLLE
Vous ne vous présenterez jamais contre François HOLLANDE ?
EMMANUEL MACRON
Ecoutez !
OLIVIER MAZEROLLE
Non mais je vous pose la question, jamais contre François HOLLANDE ?
EMMANUEL MACRON
Mais j'ai répondu une fois pour toute à ce sujet, une fois pour toute…
OLIVIER MAZEROLLE
Mais dites-le…
EMMANUEL MACRON
Non mais Olivier MAZEROLLE, je vais vous dire. Sur ce sujet, c'est quand même absolument stupéfiant, nous sommes dans une semaine où la France a subi le risque terroriste…
OLIVIER MAZEROLLE
D'accord mais c'est une question que tout le monde se pose.
EMMANUEL MACRON
Où la France… mais je ne pense pas que ce soit la question que tout le monde se pose…
OLIVIER MAZEROLLE
Si, c'est la question…
EMMANUEL MACRON
Vous savez, la question que les…
OLIVIER MAZEROLLE
C'est la question gouvernementale qui est en cause.
EMMANUEL MACRON
C'est la question…
OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce que vous êtes décidé ou pas à vous présenter…
EMMANUEL MACRON
Aujourd'hui…
OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce que vous renoncez définitivement à vous présenter contre François HOLLANDE ?
EMMANUEL MACRON
Mais est-ce que je suis candidat à la présidence de la République française aujourd'hui ? Non. Est-ce que je suis aujourd'hui dans le gouvernement, la République sous la présidence de François HOLLANDE ? Oui…
OLIVIER MAZEROLLE
Aujourd'hui oui mais…
EMMANUEL MACRON
Est-ce que je crois qu'il faut refonder…
OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce que vous pouvez envisager de vous présenter contre François HOLLANDE ?
EMMANUEL MACRON
Mais la présidence de la République, ça n'est une course d'égo, pardon de vous le dire, nos concitoyens ils veulent savoir s'il y a des responsables politiques qui sont capables de régler leurs problèmes et ils veulent comprendre quelle est leur vision pour le pays, moi c'est ça qui m'intéresse. J'ai rejoint la vie politique française pour faire ça. Donc les questions du microcosme pour savoir si je suis Coluche, Brutus ou que sais-je, ce sont vos questions.
OLIVIER MAZEROLLE
Et vous ne répondez pas.
EMMANUEL MACRON
Vous devriez choisir un moment…
OLIVIER MAZEROLLE
Ça imprime le doute parce que vous ne répondez pas.
EMMANUEL MACRON
Mais la vraie question que vous devriez me poser, c'est quelle est votre vision pour le pays, c'est qu'est-ce que vous comptez proposer ?
OLIVIER MAZEROLLE
Mais on vous les a posées avant, on vous les a posées avant.
EMMANUEL MACRON
Vous me les avez posées en tant que ministre. Donc moi je dis : j'agis en tant que ministre dans le gouvernement ; en même temps je suis convaincu que l'offre politique française aujourd'hui ne permet plus de répondre aux problèmes du pays, parce que les questions fondamentales du pays c'est le rapport au travail, aux injustices, à la société ouverte, à l'Europe. Sur ces sujets-là, il n'y a pas de consensus de gauche, il n'y a pas de consensus de droite. Et je crois à la refondation d'une offre progressiste, le vrai sujet ce n'est pas de savoir ce qu'il arrivera à ma petite personne dans 2 mois, 6 mois, 1 an…
OLIVIER MAZEROLLE
Il y a une incarnation dans la politique.
EMMANUEL MACRON
Il y a une incarnation mais d'abord, il y a la question de savoir est-ce que vous êtes capable de porter une vision et d'articuler un projet. Et vous savez pour moi le premier défi, c'est d'abord celui-là et il m'importe beaucoup plus que les questions du microcosme pour savoir si je vais être face à Pierre, Paul, Jean-Jacques et qu'est-ce que je vais faire.
FRANÇOIS LENGLET
Une question sur votre projet justement qui est lié à l'actualité. L'Angleterre va bientôt voter sur le Brexit, c'est-à-dire la possibilité de sortir de l'Union européenne. Est-ce que vous ne trouvez pas que c'est une bonne idée de consulter les électeurs sur un sujet aussi important, aussi concernant, sur lequel tout le monde a une idée que l'Europe ?
EMMANUEL MACRON
Je pense que c'est très important de consulter en effet les gens sur l'Europe…
FRANÇOIS LENGLET
Donc c'est bien d'avoir un référendum !
EMMANUEL MACRON
Je pense que la démarche initiée par les britanniques est une démarche dangereuse, parce qu'ils n'ont pas consulté les gens sur le principe, ils ont en quelque sorte pris en otage le reste de l'Union en disant : retenez-moi ou je fais un malheur. Ils ont négocié des conditions plus avantageuses avec un accord en février et maintenant, nous sommes tous le souffle (si je puis dire) retenu en attendant justement la réponse. Quoi qu'il en soit, tout cela montre quoi ? Le fait que l'Europe est à la fin d'une étape. Parce que le référendum britannique…
FRANÇOIS LENGLET
Pas la fin tout court ?
EMMANUEL MACRON
Non, pas du tout à la fin, moi je crois très profondément dans l'Europe mais dans sa refondation, parce que le référendum britannique c'est le non de quoi ? De la fin d'une Europe ultralibérale qui n'a plus de projets politiques, de la fin d'une Europe…
FRANÇOIS LENGLET
Je ne suis pas sûr que ce soit ce pourquoi les Britanniques…
EMMANUEL MACRON
Si, regardez exactement ce sur quoi ils votent, ils votent et c'est le coeur aujourd'hui de la discussion politique…
FRANÇOIS LENGLET
…Des frontières.
EMMANUEL MACRON
C'est le coeur de la discussion politique en Grande Bretagne sur justement des politiques sociales plus dures à l'égard des autres ressortissants européens. C'est-à-dire pour corriger les effets d'une politique ultralibérale qu'ils ont eux-mêmes défendue et dans laquelle ils nous ont poussés, en particulier il y a 10 ans. Ce qui montre bien que le projet européen ne peut pas être juste un projet d'abolition de règles, c'est un projet dans lequel on doit aussi refonder des solidarités, de la vraie régulation, des préférences collectives. Et le sujet au coeur de l'Europe, ce n'est pas de savoir si l'un est plus compétitif que l'autre, si on doit ouvrir tel ou tel marché ou pas, c'est de savoir si on arrive collectivement à vivre mieux. Et parce qu'il n'y a pas eu suffisamment de projets politiques, de volonté de penser l'Europe par rapport au reste du monde et par rapport à ses propres tensions et, donc oui, dans un espace de frontières avec des équilibres quant à ces politiques sociales, on arrive au bout d'un modèle. C'est ça ce que dit le référendum britannique. Alors indépendamment de ce sujet, le jour d'après il faudra être extrêmement vigilant pour éviter la contamination, articuler un projet positif pour l'Europe. Et surtout je pense que dans le cadre du projet que nous aurons à proposer, il est important qu'il y ait des vrais débats citoyens, publics. Je pense qu'elle a besoin de davantage de densité citoyenne cette Europe et pas n'importe comment.
YVES CALVI
Emmanuel MACRON, vous restez avec nous pour débattre avec les auditeurs de RTL qui vont vous appeler.
YVES CALVI
Emmanuel MACRON vous êtes resté avec nous pour dialoguer avec les auditeurs de RTL au 32.10, on va commencer ça dans un instant. Juste une chose. J'ai sous les yeux deux choses, cette enquête qui indique que vous êtes aujourd'hui en tête des personnalités de gauche préférées des Français, enquête que nous publions ce matin, et deux couvertures de journaux, l'Express « Qui veut sa peau ? », VSD « Combien de temps va-t-il tenir ? » Que pensez-vous de ces Unes et que révèlent-elles de votre trajectoire et de votre situation dans la vie politique française aujourd'hui ?
EMMANUEL MACRON
Ecoutez, moi je ne suis pas dans le commentaire, ni des Unes, ni du reste, je pense qu'il y a…
YVES CALVI
Ça vous concerne, et ça peut même vous toucher.
EMMANUEL MACRON
Oui, je vous le confirme, il y a parfois des choses déplaisantes quand elles touchent à la vie privée ou à votre honneur, parce qu'on ait pu, ces dernières semaines, salir mon honneur en quelque sorte, et ce que je suis, ça, ça m'a en effet touché parce que je considère que ce n'est pas ça la vie politique. La vie politique c'est un débat sur les idées, sur les convictions, parfois sur les tensions, ça je le respecte, mais qu'on dise que je n'ai pas respecté, par exemple, la loi fiscale, c'est intolérable, parce que je me suis toujours mis en conformité, j'ai toujours payé mes impôts, et je l'ai toujours fait avec transparence et vigilance, donc c'était de la malveillance. Qu'on ait pu dire que j'ai du mépris pour les gens, c'est faux, moi je continue d'aller aux devants y compris de celles et ceux qui ne sont pas d'accord et quelles que soient les raccourcis ou les manipulations qu'on continuera à faire sur ces sujets. Je suis comme ça. Mais au fond, vous savez, ça contrarie, peut-être certains dans le microcosme, comme on disait tout à l'heure, que je m'engage en politique, que je veuille apporter des idées nouvelles et agir. Mais ça ne m'arrêtera en rien, je j'ai jamais vécu dans le regard des autres. J'ai fait, durant ma vie, des choix personnels, professionnels, qui ont été dictés à chaque fois par des convictions. Ça n'a pas toujours été facile, mais je les ai toujours fait parce que je ne vivais pas dans le regard des autres, donc je ne vais pas commencer aujourd'hui.
YVES CALVI
On va discuter avec les auditeurs de RTL, à commencer par Patrick qui vous appelle de Poissy dans les Yvelines. Patrick, bonjour, merci de nous écouter, le ministre de l'Economie est avec vous, il vous écoute.
PATRICK
Bonjour Monsieur MACRON.
EMMANUEL MACRON
Bonjour monsieur.
PATRICK
Je voulais vous parler d'un sujet dont on parle peu en France, c'est le Brexit. Quel est le plan du gouvernement en cas de Brexit ? La contribution de la France va être augmentée, qui va la payer, est-elle budgétée ? Des secteurs de l'économie française vont être impactés négativement, lesquels selon vous et qu'a-t-il été prévu par les services de Bercy pour limiter la casse dans ces secteurs ? Les marchés financiers actuellement sont inquiets, le Brexit peut-il avoir un effet sur les taux d'intérêt, et si oui, qu'est-il prévu par Bercy ?
YVES CALVI
Voilà une question très précise Emmanuel MACRON.
EMMANUEL MACRON
Bonjour monsieur. En effet, merci beaucoup, je pense que vous avez tout à fait raison, c'est un sujet qui est important et qui aura de toute façon des conséquences. Alors, il y a deux options. Il y a une option où les Britanniques décident de rester dans l'Union européenne la semaine prochaine, à ce moment-là il y a de toute façon aussi, là, une réaction rapide à avoir pour éviter que d'autres pays n'engagent le même type de procédure, puisque c'est un statut qui a été négocié au mois de février, il ne s'agirait pas que, le Danemark, les Pays-Bas, la Pologne, se mettent à vouloir le même statut, donc c'est important, le jour d'après, de bien clarifier les choses. Ensuite, si la Grande-Bretagne décidait de sortir, ce qui est important de comprendre c'est que c'est un processus qui commence, sur lequel on a peu de visibilité, mais qui dure. En théorie, quand on regarde le traité qui régit cela, l'article 50, ça peut durer 2 ans. Donc, ce que nous devons faire, ce que nous ferons, c'est là, avec les autres Etats membres, de demander beaucoup de clarté au gouvernement britannique le jour d'après. Parce que, si les Britanniques disent « non », disent en quelque sorte « on veut quitter l'Europe », il peut y avoir plusieurs conséquences. Le gouvernement britannique peut dire « écoutez, moi je prends mes responsabilités, je leur repose la question », il ne faut pas l'exclure, nous-mêmes nous avons vécu des référendums et nous avons ensuite pris d'autres décisions, quand je dis « nous », c'était une autre majorité, mais la France l'a fait. Ensuite, vous pouvez avoir une situation où les Britanniques disent « nous nous voulons, au fond, sortir de l'Union européenne et de ce lien actuel, mais on veut continuer à avoir un accès au marché unique et donc, une relation commerciale avec l'Union européenne. » Si c'est cela, vous avez aujourd'hui des Etats tiers avec lesquels nous avons ces relations, par exemple la Norvège ou la Suisse, et ces pays contribuent au budget de l'Union européenne, et donc, s'ils contribuent, il faut voir à quels montants, et les conséquences que vous indiquiez sur le plan budgétaire pour les autres Etats membres, ne sont peut-être pas les mêmes, donc il faut demander clarification aux Britanniques sur ce sujet. Si les Britanniques disent « nous on ne veut pas du tout, on ne veut plus contribuer, on veut juste un traité commercial », à ce moment-là c'est une relation, comme celle par exemple qu'on a avec le Canada, qu'il faudra formaliser, et vous avez raison, il faudra vraisemblablement revoir le budget de l'Union européenne. Alors, aujourd'hui, les Britanniques ne sont pas ceux qui s'en sortent le moins bien à cet égard parce qu'ils ont leur chèque, historiquement, mais il faudra revoir ces règles. Ensuite, quand on regarde les secteurs d'activité, la France, l'Allemagne, et plusieurs autres pays, commercent avec le Royaume-Uni, là ça dépend de la politique de change que nous aurons l'un avec l'autre. D'ores et déjà la Banque Centrale Britannique a indiqué qu'elle se coordonnerait avec la Banque Centrale Européenne pour éviter des variations de change qui pénalisent nos commerces réciproquement, et je pense que c'est important. Ensuite, sur les services financiers, là-dessus je pense qu'il faut être très clair, le président de la Commission européenne l'a été, le commissaire HILL, qui est Britannique, en charge des services financiers à la Commission, l'a été, s'il y a un Brexit il n'y aura plus de passeport pour les services financiers. Et donc, ça, ça aura une conséquence surtout pour la Grande-Bretagne, et ça peut avoir une conséquence positive sur notre économie, et c'est cela qu'il faudra jouer. Mais je pense que, ce qui est important, c'est qu'on ne soit pas complaisant et qu'on soit clair extrêmement rapidement vis-à-vis des Britanniques, comme d'ailleurs des autres économies. Enfin, sur les sujets de marché – je suis très complet parce que la question était très complète, vous avez raison que ça crée aujourd'hui de la volatilité, sur les taux, je pense que ça ne durera pas au-delà, parce que si on a un message clair, justement, vis-à-vis des marchés, et des autorités, ça ne durera pas. Qu'est-ce que ça peut avoir comme impact ? Ça peut faire baisser les marchés actions s'il y a un message d'anxiété général parce que, les fonds américains, les fonds asiatiques, peuvent décider de se désengager. Je pense que nous sommes en capacité collective, et c'est ce à quoi nous serons attachés dans les prochains jours et prochaines semaines, à rassurer. Ensuite, il peut y avoir des écarts de change qui se créent, et vous le voyez d'ailleurs, il y a une petite dépréciation de l'euro, c'est bon, à court terme, pour le commerce international, mais il faudra y être vigilant. Ensuite, je ne crois pas, pour ma part, à une remontée des taux d'intérêt liée à ce sujet, donc je serai plutôt rassurant sur ce point.
YVES CALVI
Je vous remercie d'avoir été complet, je veux bien que vous synthétisiez un peu plus pour qu'on puisse prendre de nombreux auditeurs.
EMMANUEL MACRON
Pardon.
YVES CALVI
Cela dit, la question du Brexit est une question importante. Juste, un oui, un non, vous êtes favorable à un référendum en France ? On a pu le comprendre tout à l'heure dans votre réponse à François LENGLET. S'il vous plaît, très rapidement.
EMMANUEL MACRON
Je suis favorable à ce qu'il y ait un débat citoyen sur l'Europe, je pense qu'un référendum aujourd'hui, sur l'Europe... non, un référendum…
YVES CALVI
Un débat citoyen ça n'engage personne, c'est, on blablate gentiment entre nous !
EMMANUEL MACRON
Non, je ne suis pas d'accord, je pense que ça s'organise, que ça se construit et qu'on peut en tirer les conséquences, mais si nous n'avons pas… je pense qu'à terme il faut, de toute façon, qu'il y ait des pratiques de référendum sur ces sujets, et on a besoin de le faire, mais il faut d'abord qu'il y ait un débat citoyen. Vous savez, sinon, si vous faites un référendum sur un texte ou une question, bien souvent les gens répondent non pas sur la question mais sur le contexte.
YVES CALVI
Merci infiniment Patrick et bonjour Yves, nous vous écoutons, le ministre de l'Economie est avec vous.
YVES
Oui, Monsieur MACRON bonjour.
EMMANUEL MACRON
Bonjour monsieur.
YVES
J'ai… dans tous les domaines, en France, la France est en difficulté à mon avis, il est nécessaire de resserrer les dépenses un peu partout, j'ai entendu une suggestion en ce qui concerne le surplus de coût des investissements d'EDF qui se situerait à 30 euros sur la facture. Monsieur le ministre, il serait judicieux qu'EDF balaie devant sa porte, au lieu de faire l'aumône ou la manche. D'abord que tout le monde paie son électricité au tarif normal au lieu de 10 % à vie, et entre autres que le comité d'entreprise fonctionne sur 1,5 % des salaires et non pas sur 1 % du chiffre d'affaires. Si on pouvait mettre cela en place, Monsieur le ministre, après on pourrait voir.
YVES CALVI
Je crois qu'on a bien compris l'état d'esprit de votre question. Alors, qu'est-ce qui ne va pas à EDF selon vous ?
EMMANUEL MACRON
Bonjour monsieur. Ecoutez, d'abord, tout ne va pas mal en France, je veux quand même vous rassurer, maintenant sur le sujet d'EDF. Ce n'est pas EDF qui demande l'augmentation, en effet qui a été annoncée hier, de 30 euros sur 18 mois, c'est le Conseil d'Etat qui demande à l'Etat de rattraper ce que nous n'avons pas fait. Maintenant, les tarifs sont fixés un peu différemment, c'est un processus plus automatique, mais parfois l'Etat n'a pas voulu passer les augmentations qui étaient nécessaires, pour préserver d'ailleurs le consommateur, et qui ne couvraient, du coup, pas les coûts de production d'EDF. Donc, sur ce sujet, je peux vous le dire, c'est plutôt une bonne raison. Par contre, pour ce qui est du reste, du sujet EDF, je pense qu'il ne faut pas tomber dans les caricatures, même si je comprends votre sensibilité, et je l'ai souvent lue, souvent entendue. EDF c'est une grande entreprise française qui porte l'excellence de la production énergétique, de la production nucléaire, et qui aujourd'hui se diversifie, d'ailleurs, dans le renouvelable et beaucoup d'autres secteurs. Il y a eu un compromis historique où en effet, EDF a eu les fonctionnements que vous évoquiez, où l'Etat d'ailleurs lui-même comme actionnaire a beaucoup profité d'EDF et de ce qu'était la rente du nucléaire ; on a prélevé beaucoup de dividendes. Donc les torts sont partagés, si je puis dire. Aujourd'hui EDF, compte tenu du contexte du marché de l'électricité, de la refondation de la filière nucléaire, à laquelle moi je crois profondément, et de la qualité justement de ses agents, est dans un processus d'effort partagé. Et donc moi je veux avoir une réponse positive…
YVES CALVI
Donc vous justifiez ces 30 € d'augmentation ?
EMMANUEL MACRON
Les 30 €, ça n'a rien à voir avec justement les sujets qu'évoque monsieur par ailleurs. Ce qu'évoque monsieur par ailleurs, c'est le fonctionnement historique d'EDF avec en quelque sorte un compromis social interne à la maison qui était très généreux. C'est ça ce que dénonce monsieur…
YVES CALVI
Bon ! Vous ne le remettez pas en cause aujourd'hui !
EMMANUEL MACRON
Je l'ai moi-même remis en cause à l'Assemblée, je suis allé moi-même dans une centrale à Civaux m'en expliquer avec les salariés et les représentants. Il ne faut tomber dans aucune caricature mais moi mon approche, c'est l'approche des efforts partagés. L'Etat comme actionnaire doit faire des efforts, nous n'avons pas prélevé de dividendes justement monétaires cette année en numéraires, on ne le fera pas l'année prochaine ni l'année suivante. L'Etat contribuera au redressement d'EDF par une recapitalisation. L'entreprise fait des efforts en cédant des actifs non-stratégiques, en ouvrant le capital de certaines activités. Et les salariés d'EDF font des effets, ce qui est là aussi un vrai changement historique, c'est conduit par le dirigeant d'EDF et je soutiens cette politique. Il y aura un programme d'un milliard d'économies fait justement par l'entreprise et qui va passer par des efforts sur les achats, par des efforts en termes de modération salariale, par des efforts qui reviennent en effet sur des avantages historiques. Donc vous avez, monsieur je le comprends très bien, cette sensibilité, je la partage, je ne veux pas non plus tomber dans la caricature parce qu'il y a des femmes et des hommes qui travaillent dans cette grande entreprise publique et qui, je peux vous le dire, croient dans le pays, croient dans la production industrielle de ce pays, ils font un travail formidable. Maintenant, ils sont avec nous dans cet effort partagé pour que l'entreprise marche mieux.
YVES CALVI
Merci beaucoup Yves.
EMMANUEL MACRON
C'est comme ça qu'on y répondra.
YVES CALVI
Ils vont faire des efforts à EDF, vous avez compris. Corinne bonjour.
CORINNE
Bonjour monsieur CALVI, bonjour monsieur MACRON.
EMMANUEL MACRON
Bonjour madame.
CORINNE
Alors ma question est : est-ce que vous trouvez normal qu'un contrat de qualification professionnelle touche 600 € pour 35 h 00, sachant que c'est votre gouvernement qui l'a mis en place et non-complété par le Pôle Emploi, ça enlève des emplois, on avait des CDD, on les a tous arrêtés, donc voilà !
EMMANUEL MACRON
C'est vous qui êtes en contrat de qualification professionnelle ?
CORINNE
Non, non, non, moi je ne suis pas en contrat professionnel, j'ai vu plein de personnes arriver, donc voilà !
YVES CALVI
Corinne est employée de grande distribution, mais ce n'est pas…
EMMANUEL MACRON
Non, mais…
YVES CALVI
Son cas qu'elle met en avant, c'est les conséquences de certaines mesures gouvernementales.
EMMANUEL MACRON
Pour bien comprendre, ce que vous me dites c'est que dans votre entreprise, vous avez vu des CDD qui ont été supprimés et qui ont été remplacés par des contrats de qualification professionnelle !
CORINNE
Je confirme.
EMMANUEL MACRON
D'accord, alors…
YVES CALVI
A 600 € par mois pour 35 h 00.
EMMANUEL MACRON
Je suis sensible à ce sujet, qu'est-ce qui se passe ? C'est qu'aujourd'hui dans notre pays, vous avez un taux de chômage que vous n'ignorez pas qui est de près de 10 %, on en parlait tout à l'heure ; et un taux de chômage en particulier pour les plus jeunes qui est de 25 % avec des catégories de notre population qui sont abonnées au chômage, parfois au chômage de longue durée. Et donc la politique qui a été conduite à travers différents contrats, dont celui que vous évoquez, c'est d'aider les gens à revenir vers l'emploi avec des contrats qui sont limités dans le temps mais qui permettent, qui incitent davantage les employeurs à prendre des profils qui sont plus fragiles, qui sont plus loin de l'emploi pour les aider à avoir une expérience, à revenir vers l'emploi ; et puis construire un parcours et ensuite accéder à un CDD, un CDI. Et donc ils sont limités dans le temps et c'est un parcours de transition. Ensuite ce qui n'est pas normal, c'est que des entreprises en effet optimisent ces contrats et les utilisent pour supprimer par ailleurs de l'emploi qui est plus pérenne, en particulier du CDD. Donc ça, c'est contrôlé d'ailleurs par les services de l'Etat, parce que c'est une pratique qui n'est pas adaptée. On a aujourd'hui des entreprises qui ont recours à ces contrats de qualification professionnelle pour créer un parcours, c'est bon et ça donne des perspectives à nos concitoyens. Lorsqu'il y a l'excès que vous indiquez, il faut le signaler, je vous le dis très franchement, à la DIRECCTE pour que des contrôles soient faits. Parce que ça n'est pas normal que des entreprises fonctionnent sur des postes pérennes, avec en quelque sorte un contournement de la loi et pour éviter même parfois de prendre des gens en CDI si c'était des contrats répétés. Donc ça n'est pas la finalité de ces emplois. Après, je comprends ce que vous dites, il peut y avoir une forme de concurrence entre les formes d'emploi, mais il faut qu'on puisse articuler des objectifs (si je puis dire) multiples : la stabilité dans l'emploi de nos concitoyens et évidemment la qualification progressive ; et puis l'entrée dans l'emploi des plus fragiles. Et c'est aussi à ça que servent ces politiques, donc il ne faut pas en quelque sorte diviser les uns et les autres, il faut plutôt y voir une offre complémentaire, par contre il faut contrôler lorsqu'il y a des abus qui sont faits par les employeurs.
YVES CALVI
Merci…
EMMANUEL MACRON
On va regarder, je prendrai le cas très précis hors antenne pour qu'on puisse regarder s'il y a en effet…
YVES CALVI
Des abus !
EMMANUEL MACRON
Un excès, un abus et puis pour vous revenir plus précisément.
YVES CALVI
On remercie Corinne, on va donner la parole maintenant à Nicolas qui nous appelle d'Amiens, bonjour Nicolas, vous êtes chef d'entreprise.
NICOLAS
Oui, bonjour, bonjour monsieur le ministre, bonjour monsieur CALVI.
EMMANUEL MACRON
Bonjour monsieur.
NICOLAS
Je suis effectivement un chef d'entreprise de 52 ans à Amiens, je suis sur un projet de développement de 3.200.000 et j'ai un mal fou à me faire financer par les banquiers. D'où ma question, à quoi sert-il d'avoir des taux d'intérêt aussi bas si les banquiers ne prêtent pas aux entreprises ?
YVES CALVI
Une réponse courte s'il vous plaît.
EMMANUEL MACRON
Vous avez raison que sur les PME en particulier, il y a aujourd'hui – on le voit encore – une difficulté d'accès au crédit. Ça n'a rien à voir avec les taux bas, malheureusement c'est les conditions mêmes d'octroi des crédits et la prise de risque des banques. Là aussi, comme c'est un cas particulier, je pense qu'on peut efficacement regarder hors antenne et vous dire très précisément. 1) Nous, nous avons mis une pression accrue sur les banques ces derniers mois en essayant de davantage mesurer les refus, même les refus implicites que ces dernières font, ce qu'on appelle « l'autocensure », parce que c'est un vrai problème qui touchent les plus petites entreprises. Ensuite la deuxième chose, on a – avec la Banque publique d'investissement – mis des dispositifs en place pour que des gens comme vous justement aient des mécanismes de soutien et, en particulier, qu'il y ait des mécanismes de garantie qui permettent d'accéder justement à l'emprunt bancaire.
YVES CALVI
Apparemment ça ne marche pas !
EMMANUEL MACRON
Mais je ne sais pas si monsieur a fait appel à la Banque publique d'investissement, il faut que vous ayez un pool bancaire mais vous pouvez améliorer votre offre bancaire parce que la Banque publique d'investissement peut vous apporter une garantie. C'est exactement pour ça qu'elle a été conçue et elle est essentiellement d'ailleurs tournée vers les petites et moyennes entreprises.
YVES CALVI
Vous avez fait cette démarche Nicolas, en deux mots s'il vous plaît ?
NICOLAS
Effectivement, je suis allé voir la BPI mais il se trouve que la BPI ne finance pas mon secteur si vous voulez qui est le secteur automobile. Et aujourd'hui même si elle m'accompagne, elle ne m'accompagne pas complètement et les banquiers nous refusent en partie… une grosse partie de financement. Et aujourd'hui, je n'arrive pas à avancer alors que le projet a plus d'un an.
EMMANUEL MACRON
Mais votre projet c'est un projet de quoi, d'investissement ?
NICOLAS
C'est un projet d'investissement immobilier, tout à fait.
EMMANUEL MACRON
Alors sur ce sujet d'abord, la BPI ne va peut-être pas vous financer en direct mais elle peut apporter une garantie qui sera importante pour vos banques, premier point.
NICOLAS
A priori, ça ne leur suffit pas aux banquiers.
EMMANUEL MACRON
Alors là pour le coup, ça m'étonne et ce que je vous invite à faire, c'est d'aller voir la médiation crédit sur ce sujet parce que si les conditions sont remplies, vous êtes un risque connu, normalement vous devez avoir accès. La deuxième chose, c'est que sur le cas que vous évoquez, je pense que vous pouvez essayer de voir avec la BPI si vous ne pourriez pas obtenir ce qu'on appelait « un prêt développement entreprise », qui permet d'ailleurs un décalage en termes de décaissement puisque vous êtes sur un investissement pour votre entreprise même. Je pense que ce que vous décrivez peut y être éligible.
YVES CALVI
Nicolas, vous êtes toujours là ?
NICOLAS
Je suis toujours là et j'écoute avec attention.
EMMANUEL MACRON
Donc je pense que c'est vraiment le… moi, je vous inviterai 1) à retourner vers eux pour voir si dans leur offre, on peut là aussi hors antenne prendre vos coordonnées pour… avec la Direction régionale de la BPI, votre demande correspond à ce qu'ils proposent. Mais au-delà de ça, si vous obtenez une garantie de la BPI, ce qui est l'objectif, il ne faut pas que les banques refusent ce crédit et là, il faut se tourner vers la médiation interentreprises.
YVES CALVI
Nicolas, on va confier avec votre accord les coordonnées… vos coordonnées au ministre de l'Economie. Merci beaucoup de nous avoir appelés. Alors vous étiez très nombreux à nous téléphoner, auprès de vous je m'excuse de ne pas vous donner la parole plus longtemps alors que nous avons déjà débordé. J'ai une dernière toute petite question à vous poser…
EMMANUEL MACRON
Bien sûr.
YVES CALVI
Emmanuel MACRON en vous remerciant d'être venus nous voir ce matin à RTL…
EMMANUEL MACRON
Mais sur ce sujet, j'allais dire c'est important parce que beaucoup nous écoutent, je ne suis pas en train de dire que tout va bien…
YVES CALVI
Oui mais…
EMMANUEL MACRON
Les cas particuliers, mais on a un vrai souci sur le financement des TPE PME. Et aujourd'hui le financement bancaire ne permet pas des réponses, c'est d'ailleurs pour ça qu'on a développé le prêt interentreprises, le microcrédit, mais je vais continuer à mettre la pression sur ce point qui est un vrai point de faiblesse.
YVES CALVI
Et grâce à ma dernière question, vous pourrez me faire une réponse très, très courte, un oui ou un non suffira, serez-vous encore au gouvernement à la rentrée, le souhaitez-vous ?
EMMANUEL MACRON
Ecoutez ! Je vous remercie surtout de la dernière formulation parce que ça ne dépend pas de votre serviteur. Dans les institutions qui sont les nôtres, il y a un ministre qui s'engage et puis il y a un président de la République qui dispose. Moi, je suis engagé au service de l'économie de notre pays, je travaille ardemment depuis presque 2 ans sur ce sujet, c'est un sujet qui m'est cher, je crois à cet engagement. Comme vous l'avez dit tout à l'heure, je suis par ailleurs aussi engagé sur des projets politiques, mais mon souhait aujourd'hui est de continuer à être ministre de l'Economie et responsable d'un mouvement politique qui recompose (je l'espère) l'offre française.
YVES CALVI
Et ce jusqu'à l'élection présidentielle, vous assumerez vos fonctions si le président vous le demande jusqu'à la prochaine échéance présidentielle !
EMMANUEL MACRON
C'est, comme je viens de le dire, quelque chose qui ne dépend pas totalement de moi. Mais je suis aujourd'hui pleinement engagé dans ce travail.
YVES CALVI
Merci beaucoup Emmanuel MACRON d'être venu discuter avec les auditeurs de RTL et d'avoir répondu aux questions de François LENGLET Olivier MAZEROLLE. Bonne journée à vous.
EMMANUEL MACRON
Merci.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juin 2016