Interview de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes à BFM TV le 3 juillet 2015, sur la mise en place du plan Canicule et la mobilisation des pouvoirs publics.

Prononcé le

Texte intégral


JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invitée ce matin, Marisol TOURAINE, ministre de la Santé, des Affaires sociales, et du Droit des femmes, bonjour.
MARISOL TOURAINE
Bonjour.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Ce matin est-ce qu'on peut déjà dire qu'il y a eu des décès dus à la canicule ?
MARISOL TOURAINE
Le bilan nous le ferons plus tard, lorsque nous aurons l'ensemble des éléments. Il fait chaud en France, très chaud, et cela va durer, et donc plus cela dure, plus les risques augmentent. Et le message que je veux vraiment marteler c'est celui de la prévention et de la précaution, parce que, contrairement à ce qu'on imagine, la chaleur, la canicule, ce n'est pas simplement une affaire de confort, ce n'est pas inconfortable, un peu difficile, ce peut être un risque, un risque grave pour des personnes fragiles, des personnes qui travaillent, dans des conditions particulières, à l'extérieur notamment, ou dans des environnements déjà très chauds. Je pense par exemple aux boulangeries, aux restaurateurs, ou aux pressings, et donc cela peut aggraver ou provoquer des maladies ou des fragilités. Donc prévention, vraiment, les gestes de précaution sont importants, et c'est d'autant plus important que, j'insiste là-dessus, plus le temps passe, plus les risques apparaissent, or nous arrivons à un moment de grands départs en vacances, nous arrivons à un week-end pour lequel les chaleurs vont être importantes, et donc il est absolument impératif de prendre toutes les ns nécessaires, parce que c'est à ce moment-là que des risques peuvent apparaître.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez des données quotidiennes de mortalité ?
MARISOL TOURAINE
Non, nous n'avons pas de donnée…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, vous n'avez pas ?
MARISOL TOURAINE
Non, non. L'Institut national de veille sanitaire a des capteurs, des relais partout sur le territoire…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, des relais, c'est pour ça que je vous dis ça.
MARISOL TOURAINE
Mais il n'a pas de bilan…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez pas de signe particulier pour l'instant.
MARISOL TOURAINE
Il n'y a pas de signe particulier, mais, encore une fois, plus le temps passe, plus les risques sont là.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi ? La canicule durant, est-ce que vous allez passer… on est en orange, risque orange, aujourd'hui est-ce que vous allez passer en rouge ?
MARISOL TOURAINE
Pas nécessairement, simplement nous devons anticiper et prendre des mesures qui doivent permettre de…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, il y a le risque de passer au stade ultime.
MARISOL TOURAINE
Oui, enfin ça, ça dépend, disons de plusieurs facteurs, du niveau de la température et de la durée de la température. Donc moi je veux vraiment insister sur le fait que, individuellement des mesures de prévention et de précaution sont nécessaires, s'hydrater, notamment si on est en voiture, si on peut éviter les heures chaudes, avoir des réserves d'eau, même si on part en train, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Et par ailleurs, nous constatons que les services d'urgences aujourd'hui fonctionnent à peu près normalement, c'est-à-dire que s'il y a davantage d'appels dans les SAMU, pour avoir des informations, il n'y a pas d'augmentation significative de l'activité dans les services d'urgences.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce qui est un signe positif.
MARISOL TOURAINE
Les pompiers, à qui je rends d'ailleurs hommage, ainsi qu'à tous les professionnels de santé, font davantage de sorties. Mais moi je veux anticiper, parce que, comme je vous le disais, comme pendant le week-end on risque d'avoir davantage d'accidents…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous anticipez avec un spot radio de prévention, radio, télé.
MARISOL TOURAINE
Avec un spot radio, un spot télé, pour rappeler des conseils, et puis aussi j'anticipe en demandant, j'ai demandé, à tous les hôpitaux concernés, de maintenir leurs capacités d'accueil médical pour les personnes qui iraient aux urgences et qui ensuite devraient être hospitalisées à un moment où les hôpitaux prévoient des réorganisations du fait des vacances.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, ce spot, en exclusivité, nous le diffusons, là, en avant-première.
(…) Diffusion du spot.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà le spot radio/ télé.
MARISOL TOURAINE
Voilà, c'est information, prévention, précaution, il y a une mobilisation des pouvoirs publics, je suis personnellement sur le terrain, au quotidien, je vais dans les maisons de retraite, dans des crèches, je serai tout à l'heure auprès de personnes sans abri, parce qu'on ne pense pas toujours à elles, on meurt plus en période de canicule qu'en période d'hiver, contrairement à ce qu'on peut penser. Et puis juste après vous avoir quitté je vais présider un comité de suivi et d'évaluation de la canicule, avec des services de tous les ministères, pour faire le point sur la situation et anticiper, en particulier pour le week-end.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors pour l'instant c'est alerte orange, on n'est pas passé en alerte rouge…
MARISOL TOURAINE
Non, on est en alerte orange, d'ailleurs l'alerte orange ça veut dire que beaucoup de précautions sont prises, d'ailleurs tout le monde anticipe la situation. Il y a des départements qui ne sont pas concernés, aujourd'hui par la canicule, c'est pour cela qu'on n'est pas en alerte rouge.
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça. Je voudrais parler des personnes âgées, notamment celles qui sont à domicile, parce qu'on a fait des efforts pour les personnes âgées en maison de retraite, mais moins pour les personnes âgées qui vivent à domicile. Hier j'avais des responsables d'association qui me disaient, qui vous demandaient de créer un fonds de soutien à domicile. Est-ce que vous allez le créer ? Pour aider les associations, pour aider les encadrants, de ces personnes à domicile.
MARISOL TOURAINE
La question qui est posée par ces associations c'est le niveau de rémunération des personnes qui travaillent à l'aide à domicile, indépendamment de la canicule, et donc…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Indépendamment de la canicule. Oui, mais enfin là elles sont importantes, en temps de canicule.
MARISOL TOURAINE
Oui, mais parce que je ne peux pas vous laisser dire que rien n'est fait en direction des personnes âgées qui sont seules chez elles. Il y a des actions, et d'ailleurs je remercie les associations de se mobiliser, les communes ont mis en place des systèmes, qui leur permettent d'appeler individuellement chacune des personnes qui se sont signalées et qui sont seules à leur domicile pour s'assurer que tout va bien. Pour le reste, en ce qui concerne la rémunération des personnes, nous sommes en train de faire voter, avec Laurence ROSSIGNOL, secrétaire d'Etat aux personnes âgées, notamment, nous sommes en train de faire voter une loi sur l'adaptation de la société au vieillissement, et dans le cadre de cette loi, des dispositions pour soutenir, renforcer…
JEAN-JACQUES BOURDIN
La prestation autonomie.
MARISOL TOURAINE
C'est sur la prestation autonomie ; pour améliorer la prise en charge des personnes à domicile, et à partir du moment où on donne plus d'argent pour pouvoir rémunérer des services à domicile, eh bien il pourra y avoir des améliorations, pas forcément un fonds de soutien, ce n'est pas nécessairement ça la solution, mais des mesures sont prises pour améliorer la prise en charge des personnes à domicile, donc c'est une priorité pour le gouvernement.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Votée quand cette loi sur la prestation autonomie ?
MARISOL TOURAINE
Elle entrera en application au 1er janvier 2016, donc elle sera votée avant la fin de l'année par définition.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant la fin de l'année, bien. J'ai vu aussi les économies à faire à la Sécurité sociale. Le système de santé français recèle des marges d'économies très importantes, c'est ce que dit l'Assurance Maladie, qui propose d'économiser 3 milliards d'euros. Est-ce que c'est possible 3 milliards d'économies, en 3 ans ?
MARISOL TOURAINE
Oui, d'abord c'est en 3 ans, c'est sur plusieurs années. Vous savez, on parle d'économies, l'année prochaine, le budget que je prépare pour la Sécurité sociale, pour l'année prochaine…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Projet de loi ?
MARISOL TOURAINE
Oui, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui sera voté en novembre/ décembre, comme chaque année, il est présenté fin septembre comme chaque année, c'est une espèce de rituel pour la Sécurité sociale. Nous allons engager 3,2 milliards d'euros de dépenses en plus pour la santé des Français, donc il y a des économies, c'est-à-dire que nous pourrions, au lieu de dépenser davantage, nous maîtrisons nos dépenses, mais le débat sur les économies…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi là, je ne comprends pas très bien ? C'est-à-dire vous allez engager, vous allez dépenser 3,2 milliards d'euros de plus, et vous allez faire des économies parallèlement ?
MARISOL TOURAINE
Oui, alors que nous aurions pu dépenser un petit peu plus, nous aurions ou imaginer davantage de dépenses.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Le budget sera le même ?
MARISOL TOURAINE
Le budget va augmenter par rapport à cette année.
JEAN-JACQUES BOURDIN
De 3,2 milliards.
MARISOL TOURAINE
De 3,2 milliards d'euros. Donc, évidemment comme les besoins augmentent, régulièrement, nous avons besoin de cet investissement supplémentaire, pour nos hôpitaux, pour maintenir les personnels dans les hôpitaux, pour apporter du soutien à domicile, pour payer des médicaments qui permettent de soigner, par exemple l'hépatite C, on a maintenant un médicament qui coûte très cher, trop cher, mais qui permet de soigner, ce qui n'était pas le cas avant. Donc, oui, nous maîtrisons les dépenses, ce qui veut dire que cela passe par une attention aux postes budgétaires. Nous devons dépenser sans doute moins en matière de médicaments, nous devons dépenser moins en termes de services dans les hôpitaux, il faut mutualiser les services dans les hôpitaux…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et puis de transport des malades.
MARISOL TOURAINE
Nous devons…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Tarif unique ou pas ?
MARISOL TOURAINE
Des discussions sont en cours sur les transports…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable au tarif unique ?
MARISOL TOURAINE
C'est-à-dire que ça dépend des départements…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Taxis, VSL ou ambulances ?
MARISOL TOURAINE
Le sujet c'est plutôt que…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ne pas mettre en place une plateforme et un tarif unique ?
MARISOL TOURAINE
Mais des tarifs uniques sont prévus, mais département par département, parce que quand vous allez dans une montagne, ou lorsque vous êtes à l'intérieur de Paris, vous n'avez pas les mêmes conditions de transport. Donc, l'idée c'est de déterminer des tarifs, département par département, et d'identifier une manière d'encadrer et de maîtriser ces dépenses-là. Nous devons aussi faire en sorte qu'il y ait des actes qui ne soient pas redondants, c'est-à-dire qu'on ne multiplie pas les radios, les analyses biologiques par exemple, lorsqu'on va voir son médecin et qu'ensuite on va à l'hôpital, en général on vous fait tout refaire. Donc il nous faut encadrer cela et ça, c'est des économies concrètement, mais à l'intérieur d'une enveloppe, si j'ose dire, financière qui augmente.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Le budget va augmenter de trois milliards deux cents millions.
MARISOL TOURAINE
Voilà. Le budget va augmenter parce que nous voulons répondre, je veux répondre, aux besoins de santé dans tous les territoires, avoir des hôpitaux de proximité.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et dans cette enveloppe, il va falloir des économies.
MARISOL TOURAINE
Exactement. C'est-à-dire qu'on fait en sorte que, puisqu'il faut mettre plus d'argent sur certains investissements, on soit attentif à d'autres dépenses.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. La PMA, puisqu'il y a eu des propositions faites. J'ai vu le Défenseur de droits, le Haut conseil à l'égalité, qui expliquent qu'il faut absolument ouvrir les techniques de PMA aux couples d'homosexuels et aux femmes célibataires. Est-ce que vous y êtes favorable oui ou non ? Est-ce que vous avez évolué ?
MARISOL TOURAINE
Je n'ai pas évolué puisqu'à titre personnel, j'ai toujours dit que j'y étais favorable mais à partir du moment où ça n'a pas été introduit dans la loi dite du mariage pour tous, il apparaissait quand même difficile d'en faire un élément à part d'une loi. Le débat peut se poursuivre, il se poursuit. Nous entendons d'ailleurs les positions des uns et des autres et nous verrons s'il est possible…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous souhaitez qu'une nouvelle loi ou qu'une proposition de loi permette aux couples d'homosexuels et aux femmes célibataires de faire appel à la PMA ?
MARISOL TOURAINE
Honnêtement, un jour les choses iront dans ce sens-là. En termes d'activité législative, on nous dit en permanence qu'il y a trop de textes, qu'il y a encombrement législatif, nous n'arrivons pas à porter, à faire passer des lois sur un certain nombre de sujets qui sont très attendus et donc avant d'élaborer de nouvelles lois, faisons en sorte que nous puissions terminer…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas avant la fin du quinquennat.
MARISOL TOURAINE
Il reste deux ans. Le débat va se poursuivre et nous verrons collectivement. Aujourd'hui, il n'y a pas eu de loi proposée là-dessus. Nous verrons collectivement.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'êtes pas fermée quand même.
MARISOL TOURAINE
Je n'ai jamais été fermée personnellement sur cette question-là.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais. Le Premier ministre, lui, est un peu plus fermé que vous.
MARISOL TOURAINE
C'est un débat collectif que nous aurons et nous déciderons au sein du gouvernement comment aller de l'avant.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et la GPA ? Les enfants nés d'une mère porteuse à l'étranger doivent-ils avoir les mêmes droits que les enfants nés à l'étranger de parents français ?
MARISOL TOURAINE
Les enfants, oui. La gestation pour autrui, j'y suis résolument hostile. Résolument. Parce que c'est à la fois la marchandisation du corps des femmes, c'est évidemment des femmes qui le plus souvent sont dans des situations financières ou sociales précaires. On ne loue pas son ventre pour une grossesse quand tout va bien pour soi. C'est qu'on a besoin de gagner de l'argent et je trouve que le corps ne se vend pas. J'en suis absolument convaincue. Je suis donc résolument opposée à la GPA, mais les enfants ne doivent pas payer pour cela. C'est-à-dire que la GPA doit rester interdite, doit rester illégale, des sanctions doivent être le cas échéant prononcées.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les enfants doivent être inscrits à l'état civil.
MARISOL TOURAINE
Mais les enfants ne peuvent pas payer pour les raisons ou les modalités, la manière dont ils ont été conçus et dont ils sont nés. On ne peut pas en faire des fantômes dans notre république. Des décisions de justice vont être prises, attendons ces décisions de justice et nous aurons évidemment à les respecter.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, aujourd'hui la cour de cassation.
MARISOL TOURAINE
Nous devons être extrêmement attentifs à cela mais moi, je ne conçois pas que l'on stigmatise ou que l'on mette au ban de notre république des enfants au motif que leurs parents ne se sont pas comportés comme ils le devaient.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu aussi deux enquêtes sur la santé des étudiants qui se dégrade en France. Je me souviens de ce que disait François HOLLANDE au Bourget : est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu'en 2012 ? Je demande à être jugés sur ce seul engagement, sur cette seule vérité, sur cette seule promesse. Ce n'est pas terrible en ce qui concerne les étudiants, franchement Marisol TOURAINE. Je regardais les chiffres : 23 % des 18-25 ans qui sont sous le seuil de pauvreté, 24 % qui sont au chômage, 30 % qui n'ont pas de complémentaire santé ou qui ne savent pas qu'ils peuvent avoir droit à une complémentaire santé. Je vous pose une question. On parle de l'ouverture de centres de santé au coeur des universités. C'est vrai ?
MARISOL TOURAINE
Oui, bien sûr. Il peut y en avoir d'ailleurs et il y a des centres de santé, il n'y en a pas assez, mais des centres de santé à destination des jeunes et des moins jeunes, qui permettent d'accueillir les jeunes de façon gratuite dans des conditions…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il y en a dans des universités ?
MARISOL TOURAINE
Il y en a à côté d'universités ou avec les mutuelles, notamment en lien avec les mutuelles. Mais cette semaine, j'ai lancé une mesure qui peut bénéficier à des étudiants ou à des jeunes d'ailleurs, pas uniquement étudiants, à des jeunes qui ont des moyens limités. C'est des jeunes qui ont des revenus inférieurs à 970 euros et qui peuvent bénéficier de ce qu'on appelle l'aide à la complémentaire santé. C'est-à-dire que c'est une aide financière pour acheter, payer sa mutuelle. Grâce à la réforme que j'ai engagée, le montant de l'aide reste le même, le prix des contrats proposés diminue, ce qui veut dire qu'il y a du pouvoir d'achat en plus pour les jeunes comme pour les moins jeunes, des mutuelles qui sont mieux adaptées aux besoins de la population et donc un accès aux soins qui est permis.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que vous allez ouvrir des centres de santé au coeur des universités ?
MARISOL TOURAINE
On peut y réfléchir en lien avec des universités mais des centres de santé existent. Il y en a dans les grandes villes, il y en a d'ailleurs en dehors des grandes villes accessibles pour des jeunes et pour les moins jeunes. J'insiste là-dessus. L'un des enjeux pour les jeunes, c'est d'avoir une mutuelle et c'est pour ça que l'aide à la complémentaire santé est une bonne chose. J'ai moi-même permis ou facilité l'accès des étudiants à la CMU puisque c'était très compliqué pour eux de montrer que leurs parents n'avaient pas les moyens de s'occuper d'eux. Maintenant, c'est beaucoup plus simple. Il y a toute une série de mesures qui viennent soutenir les jeunes mais quand vous parlez de la santé des jeunes, c'est aussi des enjeux de comportement individuel : le tabac, l'alcool, les drogues, et donc nous devons porter des politiques de prévention. C'est pour ça que la loi que je porte de modernisation de notre système de santé fait de la prévention une priorité. On en a déjà parlé ici-même à votre antenne, sur le tabac, sur la prévention notamment de ce qu'on appelle le binge drinking, c'est-à-dire ces séances d'alcoolisation rapides auxquelles les jeunes s'adonnent volontiers.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les jeunes ne vous écoutent pas, Marisol TOURAINE. Ils ne vous écoutent pas ! Vous pouvez dire tout ce que vous voulez, ils s'en moquent. Pardonnez-moi !
MARISOL TOURAINE
Oui, il faut le dire et il faut lancer des campagnes de prévention, et c'est pour cela qu'il faut être extrêmement ferme en matière de tabac. C'est pour cela qu'il ne faut pas jouer avec la loi Evin sur l'alcool, c'est pour cela qu'il faut être extrêmement ferme aussi sur les drogues, sur le cannabis, et que le laxisme n'est pas une réponse à la situation de la santé des jeunes dans notre pays.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Dernier sujet, les vaccins. DTP, remplacé ce vaccin. Il est obligatoire le DTP, on est bien d'accord.
MARISOL TOURAINE
Non, il n'est pas obligatoire, il est recommandé. Il est recommandé, le BCG est recommandé. C'est recommandé.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Diphtérie, tétanos, poliomyélite, il n'est pas obligatoire ?
MARISOL TOURAINE
Aujourd'hui, nous avons un problème de rupture d'approvisionnement.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, personne ne peut comprendre.
MARISOL TOURAINE
Il y a un laboratoire. Ce n'est pas le gouvernement qui produit les vaccins. C'est une entreprise qui produit ces vaccins et qui fournit les vaccins. Ne disons pas qu'il y a un manque complet de vaccins. Il y en arrive moins qu'à une certaine époque et donc on est en train de rétablir sa chaîne de production. Elle a un problème de fabrication.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans combien de temps est-ce que ce sera rétabli ?
MARISOL TOURAINE
On nous dit d'ici la fin de l'année.
JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ici la fin de l'année, on va retrouver le DTP.
MARISOL TOURAINE
On l'a déjà, on le retrouvera.
JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne le trouve plus. On l'a mais on ne le trouve pas.
MARISOL TOURAINE
On le trouve dans des endroits que nous avons ciblés parce que comme il y a des populations qui sont plus à risque, nous avons fait en sorte que les pharmacies qui se situent dans les zones à risque disposent de ce vaccin et par ailleurs, dans les centres de PMI, c'est-à-dire de protection maternelle infantile, là où il y a donc des besoins de vacciner des enfants, on peut faire vacciner ces enfants. Les enfants qui ont besoin d'être vaccinés peuvent l'être. Je veux être rassurante là-dessus.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils le sont avec un vaccin qui multiplie les préventions contre plusieurs maladies, l'Infanrix Hexa. C'est-à-dire qu'on nous impose ce qu'une partie de la population ne veut pas.
MARISOL TOURAINE
Non, il y a deux sujets différents. Il y a un sujet qui est : est-ce que je peux me faire vacciner ? Est-ce que les vaccins physiquement sont disponibles dans des pharmacies ou dans des centres de vaccination ? Ça, c'est le sujet de la rupture d'approvisionnement aujourd'hui. Pour le reste, le deuxième sujet indépendamment du premier parce que celui qui manque, c'est un vaccin qui est muti-maladies, est-ce qu'on peut avoir un vaccin qui ne vous vaccine que d'une chose, que contre une maladie et pas contre trois ou quatre maladies. Moi, je veux insister sur le fait qu'une réflexion est lancée mais que nous n'avons pas aujourd'hui les moyens d'imposer à un laboratoire pharmaceutique de produire tel…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, c'est extraordinaire !
MARISOL TOURAINE
En même temps, nous avons besoin d'être vaccinés contre plusieurs maladies.
JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, mais enfin celui qui ne veut être vacciné que le DTP pour son enfant ne peut pas, à moins d'aller dans un centre spécialisé.
MARISOL TOURAINE
Mais même dans ces centres, on trouve pour l'essentiel des vaccins, des multi-vaccins. Jean-Jacques BOURDIN, la vaccination ce n'est pas simplement une question de…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne suis pas contre, je dis simplement…
MARISOL TOURAINE
Je sais bien mais ce n'est pas une question de liberté individuelle seulement. C'est aussi on prend un risque pour l'ensemble de la population. Il faut des débats et il est nécessaire, à l'heure à laquelle nous nous trouvons, qu'il y ait un débat public sur la vaccination pour que chacun comprenne ce que sont les enjeux de la vaccination, qu'on se vaccine pour soi, on se vaccine pour les autres, pour son entourage. Il y a des maladies qui reviennent en France et qui avaient disparu. Il y a eu une épidémie de rougeole dans l'est de la France, il y a eu des décès du fait de la rougeole parce qu'il n'y avait pas eu d'enfants vaccinés. C'est un risque que nous ne devons pas assumer et pour que les Français n'aient pas le sentiment qu'on leur cache des choses, je suis favorable à ce qu'il y ait un grand débat sur la vaccination et les vaccins dans notre pays.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci Marisol TOURAINE, merci.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juillet 2015

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