Texte intégral

Lettre commune au Président de la République
François CHEREQUE
Secrétaire Général de la CFDT
Jean Christophe LE DUIGOU
Secrétaire Confédéral de la CGT
Bernard VAN CRAEYNEST
Président de la CGC
Jean-Claude MAILLY
Secrétaire Général de la CGT-FO
Jacques VOISIN
Président de la CFTC
Paris, le 7 janvier 2008
Monsieur le Président de la République,
L'avenir du Fonds de réserve pour les retraites est incertain. La presse s'est faite l'écho de sa possible suppression et l'absence de ressources régulières et pérennes suffisantes obère sa capacité à remplir les objectifs qui lui étaient dévolus.
Nos cinq organisations ont souhaité vous affirmer à nouveau toute l'importance qu'elles attachent au rôle et aux missions du fonds de réserve.
L'objectif du fonds est de couvrir une part significative des besoins de financement des régimes de base des salariés du secteur privé, des artisans et des commerçants pour faire face au choc démographique que constitue le passage à la retraite des générations du « baby-boom». Il a été conçu comme un fonds de lissage et constitue un levier d'action pour atténuer les effets de ce choc sur les générations futures.
L'inquiétude des jeunes générations quant à l'avenir du système de retraite est en effet manifeste. De ce point de vue, l'existence du fonds de réserve est un signe clair, tangible et mesurable de la détermination de la nation à pérenniser un système par répartition viable à long terme. Elle signifie que les générations actuelles, en solidarité avec les générations futures, acceptent d'assumer une part significative du financement des retraites. A ce titre, le fonds est un élément important de la solidarité intergénérationnelle.
Nous estimons également que d'un point de vue strictement financier la suppression du fonds serait une erreur. Lorsque l'État rachète les titres publics qu'il a émis pour diminuer son endettement, il diminue ses charges d'intérêts d'un montant qui dépend du taux de ses émissions. Actuellement, le rachat de 1000 euros de titres lui procure une économie de 44 euros. Ces mêmes 1000 euros placés au fonds de réserve auraient produit pendant les trois premières années d'existence du fonds 99 euros par an. Autrement dit, abonder le fonds de réserve se révèle une opération plus utile pour les finances publiques que la seule réduction de l'endettement. Or, compte tenu de la diversification de son portefeuille et de l'horizon de long terme dont il dispose, puisque ses décaissements ne commenceront qu'en 2020, l'hypothèse d'une performance moyenne de 6,5 % sur le long terme est très crédible.
L'argument souvent entendu d'utiliser les sommes gérées par le FRR pour réduire l'endettement de la France ne nous semble pas non plus pertinent. Certes, et indépendamment des positions que peuvent avoir les uns et les autres relatives au Pacte de stabilité et de croissance, les instances européennes retiennent comme critère d'endettement le rapport de la dette brute au PIB. Pour autant au sein des programmes de stabilité, qui constituent le coeur du dispositif de surveillance multilatérale, la commission invite les Etats membres à faire figurer le montant des actifs accumulés au sein des fonds de réserve et le montant de leur dette nette ; plus de la moitié des membres de la zone euro le font déjà.
Le Conseil de surveillance du FRR s'est par ailleurs attaché à mettre en place une stratégie d'investissement socialement responsable (ISR) de long terme à la fois ambitieuse dans ses objectifs sociaux et pragmatique dans ses moyens. C'est un atout auquel nous sommes particulièrement attachés.
Rien ne saurait donc justifier la suppression du Fonds de réserve pour les retraites. Nous réitérons donc notre demande que soient affectées des ressources régulières et pérennes à la hauteur de la mission qui a été assignée au fonds.
Nous sommes persuadés, Monsieur le président, qu'assurer la pérennité et le développement du fonds de réserve des retraites constitue un excellent outil pour l'avenir de notre pays et lui permet d'afficher sa volonté d'affronter sereinement les défis du futur en s'y préparant activement dès maintenant.
Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de notre très haute considération.Source http://www.cfdt.fr, le 15 janvier 2008