Interview de M. Henri Plagnol, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat, sur le site internet de l'UMP le 8 février 2004, sur la réforme de l'administration notamment la décentralisation et la mise en place de l'administration électronique.

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Circonstance : Chats vidéo en continu, avec M. Henri Plagnol, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat, lors du 2ème Congrès de l'UMP, le dimanche 8 février 2004

Prononcé le

Texte intégral

Lol : Réformer l'Etat, est-ce vraiment possible en France ?
Henri Plagnol : C'est en tout cas absolument nécessaire. Nous avons un Etat qui vit sur des cadres qui n'ont pas changé depuis très longtemps, alors qu'autour de nous, tout a changé. Je prendrai un exemple : nous vivons à l'heure du numérique et de la société de l'information. Le numérique permet, dans n'importe quel point de l'espace, de partager l'information en temps réel. Il n'est donc plus possible de vivre sur un système centralisé dans lequel tout remonte à Paris, avec une hiérarchie très lourde. Il faut au contraire que les fonctionnaires travaillent de plus en plus en équipe, en étant polyvalents, réactifs et très simples d'accès pour les usagers. Tout cela demande un changement culturel très profond. Je vais à ce sujet avoir le plaisir de dévoiler demain, en présence du Premier ministre, ce que sera notre stratégie pour accélérer la marche vers l'administration électronique dans les années qui viennent.
Fredviroflay78 : Quels ont été les axes forts de votre action de réforme administrative depuis votre arrivée au gouvernement ?
Henri Plagnol : Avec Jean-Paul Delevoye, le ministre de la Réforme de l'Etat, nous avons réhabilité le mérite pour aller vers une culture de la performance et du résultat. Comment peut-on réformer une organisation si l'on ne tient pas compte du travail des hommes et des femmes ? Dans la fonction publique, vous avez une immense majorité de fonctionnaires qui sont très dévoués. Nous en sommes arrivés à un avancement pour l'essentiel à l'ancienneté, sans tenir compte des efforts de chacun. Deuxième réforme essentielle : respecter la loi. Cela veut dire, par exemple, ne pas payer les jours de grève, un message reçu cinq sur cinq, et réaffirmer la laïcité dans l'espace public. Le Premier ministre vient de présenter au Parlement un projet de loi qui refuse les signes religieux ostensibles à l'école. Enfin, cela veut dire moderniser le service public pour faire en sorte qu'il soit plus performant. Pour cela : il faut simplifier. Moins de règlements, de contrôles tatillons, de routines, davantage de capacités d'initiative et d'adaptation au terrain Autre objectif : la révolution qualité qu'ont connue les entreprises. Elle passe par une responsabilisation sur des engagements précis : délai de réponse au courrier ou au téléphone, délai de traitement des dossiers... Nous allons donc réaffirmer les valeurs du service public : laïcité, continuité, respect des citoyens et en même temps, projection dans l'avenir. C'est cela la réforme de l'Etat.
Seb17 : La rémunération au mérite des fonctionnaires, à qui s'adresse t-elle ?
Pétake : Que pensent les syndicats de la rémunération au mérite ?
Henri Plagnol : Les débats sont quelquefois difficiles avec les syndicats et c'est bien naturel. Mais ils ne refusent pas en bloc toute modernisation. Je leur présente des projets pour simplifier, enrichir les métiers, développer la formation, repenser l'organisation des carrières en fonction des nouveaux métiers. Ils sont tout à fait ouverts. Sur le mérite, toute la difficulté réside dans la définition des critères. Il ne faut pas décider " à la gueule du client " pour éviter toute politisation. Il faut préserver la neutralité du service public. Ces critères, vous ne pouvez pas les définir de façon abstraite, au débotté. Il faut partir des métiers, des pratiques quotidiennes pour en définir une batterie, avec des évaluations indépendantes. C'est ce que le ministre de l'Intérieur essaie de faire pour la Police, Francis Mer pour les Finances et Dominique Perben pour la Justice. Mon rôle à moi, c'est de donner des éléments méthodologiques, de mutualiser les bonnes expériences, d'être l'aiguillon pour que ces réformes soient mises en uvre, et le plus vite possible.
France : En quoi la décentralisation va modifier le fonctionnement de l'Etat ?
Henri Plagnol : La décentralisation, qu'est-ce que c'est ? Le Premier ministre l'a très bien définie. C'est l'exercice des responsabilités au plus près de ceux auxquels les décisions s'appliquent. Il faut faire en sorte de diffuser davantage de responsabilité dans le territoire national et au sein de la société. Par exemple, ce sera une excellente chose que les agents d'entretien des lycées et collèges dépendent désormais des collectivités locales qui gèrent les bâtiments. Cela permettra de réagir beaucoup plus vite s'il y a un problème d'entretien du bâti ou de gardiennage. Voilà un exemple parmi mille autres. En rapprochant les responsabilités du terrain, vous gagnez en rapidité, en efficacité et en démocratie, parce que les Français peuvent constater les fruits de l'action, sanctionner s'ils ne sont pas contents, renouveler s'ils le sont. C'est cela la modernité. Aucune société au monde ne peut gagner sur notre planète globalisée sans décentraliser radicalement les responsabilités.
Laurent91 : Pourquoi les Français sont-ils si réticents à la réforme ? C'est comme s'ils croyaient qu'elles ne seront pas faites en leur faveur
Henri Plagnol : Les Français sont conservateurs car ils sont attachés à leurs traditions. Ils sont fiers de leur héritage et ils ont raison. Mais ils sont aussi convaincus qu'il faut changer, toutes les enquêtes le démontrent. Ils demandent qu'on les écoute avant de décider, ce que fait le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin. Comme tous les peuples, ils n'ont pas spécialement envie de souffrir. Or, il y a des réformes qui demandent des sacrifices. Exemple : la protection sociale. A partir du moment où les gens vivent plus longtemps, et tout le monde s'en réjouit, les dépenses de santé et de retraite augmentent. Il faut donc réformer et quelquefois, les réformes demandent un effort à tout le monde. Les Français veulent la justice et le dialogue social. C'est ce qui anime le gouvernement dans la mise en uvre de ces réformes autour de Jean-Pierre Raffarin.
FADEL : Faut-il diminuer le nombre de fonctionnaires ?
Henri Plagnol : Ce n'est pas, pour moi, l'alpha et l'omega de la réforme. La réforme, c'est la modernisation du service public. Ce que je veux, c'est que les hommes et les femmes de la fonction publique soient là où on a besoin d'eux. C'est pourquoi il faut encourager la mobilité, la formation et la reconversion. Ensuite, devra t-on diminuer la fonction publique ? Oui, si on peut le faire en pérennisant les missions de service public. Oui pour diminuer les impôts et les charges et pour stimuler l'emploi et la croissance. Mais nous ne devons en aucun cas remettre en cause les missions du service public parce que les Français ne l'admettraient pas. Le service public joue un rôle essentiel de bouclier face à une mondialisation qui apparaît souvent brutale.
France : Comment se passe l'intégration d'Internet dans les administrations ?
Henri Plagnol : Elle se passe bien et vite. Deux chiffres : aujourd'hui, 90 % des formulaires de vie quotidienne sont accessibles sur le Net. La fréquentation du grand portail de l'administration sur Internet (www.servicepublic.fr) a augmenté de plus de 50 % en un an. Ils sont désormais deux millions de Français à le visiter tous les mois. C'est en marche de façon irréversible et c'est, je crois, l'un des grands succès du gouvernement.
Bledsoe : Quel est votre plus gros dossier dans les mois qui viennent ?
Henri Plagnol : C'est d'aller au bout de la révolution qualité dans le service public, faire en sorte que le service public, partout où il accueille des Français, soit responsabilisé sur les délais et le contenu des réponses. Je souhaite un service qui soit partenaire, à l'écoute. Il faut que l'on aille vers une administration à visage humain, comme le souhaite Jacques Chirac, le président de la République. Mon travail, c'est ça, et l'année 2004 va être décisive pour la généralisation d'expérimentations couronnées de succès que j'ai lancées en 2003 et qui arrivent maintenant à maturité.
Bernard : Le rang protocolaire de votre ministère est-il à la hauteur de l'enjeu de la réforme de l'Etat ?
Henri Plagnol : Je ne suis pas tout seul, j'ai un ministre. Et puis, les décisions majeures pour la réforme de l'Etat sont prises par le Premier ministre et le président de la République. Moi je m'efforce de défricher les dossiers, d'explorer des pistes audacieuses, d'être encore une fois l'aiguillon de la réforme avec la passion qui m'anime. Mais fort heureusement, c'est tout le gouvernement qui est en charge de la réforme de l'Etat.

(source http://www.u-m-p.org, le 23 février 2004)