Tribune commune de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports et à la mer, de Mme Valérie Pecresse, député UMP des Yvelines et de M. Henri Plagnol, secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat dans "Le Figaro" du 26 novembre 2003 intitulée :"Renouveler le débat politique", sur le projet de création d'une Fondation pour l'innovation politique.

Texte intégral

Renouveler le débat public "
Renouveler le débat public.
Trop souvent, le temps politique est celui du court terme. Nous sommes soumis à la dictature des petites phrases ou des émotions médiatiques et dans l'incapacité de mettre en oeuvre des stratégies de long terme. Ainsi s'explique le sentiment largement répandu selon lequel les élus n'ont aucune prise sur les évolutions fondamentales de l'économie ou de la société. Nous serions condamnés à subir les choix du marché ou les évolutions technologiques dans un monde globalisé. Dans ces conditions, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'un nombre grandissant de nos concitoyens se désintéressent du vote ou se laissent tenter par les extrêmes.
Il est donc crucial de renforcer la capacité de la France à maîtriser son destin. Entre le dogme libéral du laisser-faire et la vaine nostalgie de l'Etat planificateur, il faut nous interroger sur la possibilité d'un grand dessein national. Ce n'est que si nous parvenons à anticiper les défis auxquels la société française doit faire face que nous aurons une chance de convaincre les Français de la nécessité des réformes pour conserver la maîtrise de leur avenir.
Tout responsable politique sait combien il est à la fois difficile et nécessaire de définir un cap stratégique pour faire les choix pertinents. La réforme de l'Etat, par exemple, doit prendre en compte le développement des collectivités locales, l'évolution des institutions européennes et bien sûr les exigences de la compétition internationale. De même, les investissements dans les transports exigent une vision prospective pour renforcer l'attractivité de notre territoire et créer les conditions d'un développement durable.
Il est donc indispensable de débattre davantage des questions qui conditionnent l'avenir de nos enfants. Il est grand temps de créer des lieux où la pensée soit libre afin d'alimenter la réflexion de ceux qui sont en charge de l'action publique. Il faut encourager l'avènement de grandes fondations d'utilité publique qui soient des carrefours entre élus et intellectuels, entrepreneurs et fonctionnaires, chercheurs et responsables associatifs, scientifiques, écrivains, artistes... Il n'y a aucune raison que le débat public soit confisqué par la pensée unique ou une élite qui vit trop souvent en vase clos. Ces fondations peuvent également contribuer à nous ouvrir sur l'Europe et sur le monde, car il n'est plus possible de raisonner uniquement dans le cadre des frontières nationales.
Pour la crédibilité de ces fondations et de leurs travaux, il est essentiel qu'elles soient indépendantes, en particulier des partis politiques quels qu'ils soient. Il faut donc encourager bien davantage le mécénat privé. Autant il était nécessaire de couper le cordon ombilical entre les entreprises et les campagnes électorales pour éviter tout risque d'abus, autant il serait absurde d'appauvrir la vie publique en interdisant le financement de la réflexion politique par des sources privées. Dans tous les grands pays amis, les fondations peuvent avoir recours à des fonds privés : en vérité, la diversité des financements est un gage d'indépendance aussi bien par rapport au gouvernement ou aux intérêts privés qu'à l'égard des partis. Il faut donc ne pas avoir peur d'une saine concurrence permettant un authentique pluralisme dans les recherches destinées à développer une culture de l'innovation politique. Il est triste de constater que beaucoup de nos meilleurs talents universitaires travaillent pour des fondations étrangères alors que leurs recherches sont ignorées en France. Si nous n'y prenons pas garde, nous risquons de ne pas proposer de débouchés à toute une génération d'intellectuels qui seraient prêts, parce qu'ils sont aussi citoyens, à mettre au profit du bien commun leurs réflexions.
C'est donc, nous semble-t-il, un très mauvais procès que celui qui est fait par certains au projet d'une Fondation pour l'innovation politique. Il est absurde d'y voir une tentative détournée d'obtenir des fonds privés à des fins électorales. Il s'agit simplement de bâtir l'outil qui permettra à tous ceux qui le souhaitent de contribuer à l'indispensable débat sur les finalités de l'action politique. Si l'on veut briser le politiquement correct et sortir de la dictature du court terme, souhaitons au contraire que ce projet suscite une émulation positive et que bien d'autres fondations voient le jour. C'est de la libre confrontation des idées que viendra le renouveau du débat public et de la démocratie.
La chute du mur de Berlin a dans le monde entier sonné le glas des utopies totalitaires à l'origine de tant de tragédies du XXe siècle. Maintenant que la voie est libre, gardons-nous de prétendre enrégimenter les intellectuels. Ouvrons au contraire les portes et les fenêtres, redécouvrons l'apport des pensées et des expériences étrangères. En un mot, brisons avec le caractère trop souvent hexagonal de nos débats. Vive la liberté et vive le renouveau de la République des lettres !
(source http://www.u-m-p.org, le 26 novembre 2003)