Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France 2 le 26 août 2003, sur la préparation d'un plan solidarité vieillesse après la crise liée à la canicule, la situation économique et les retenues sur salaires après les grèves.

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Texte intégral

R. Sicard - Bonjour à tous, bonjour J.-F. Copé.
- "Bonjour."
J.-P. Raffarin reçoit cet après-midi les professionnels de la prise en charge des personnes âgées. Un plan solidarité vieillesse est en préparation. Est-ce que, finalement, ce n'est pas la preuve que le Gouvernement a eu tort de couper dans les budgets réservés aux personnes âgées, je pense notamment à l'aide à domicile ou à l'aide aux maisons de retraite ?
- "Non, il s'agit, à travers cette première réunion, de tirer un certain nombre d'enseignements de ce drame que notre pays a vécu. Mais vous savez, ça va bien au-delà des mesures gouvernementales que le Premier ministre va inscrire dans la durée. Ce que nous venons de vivre et d'ailleurs ce que vos images montrent en boucle depuis plusieurs jours, c'est ça qui va, je crois, marquer, les polémiques terminées. Ce sont ces centaines de corps que les familles ne sont pas venues chercher. C'est pour nous tous à la fois une réflexion douloureuse et en même temps, un énorme électrochoc. Vous savez, ce que nous venons de vivre, à la fois ces images et aussi ces histoires que l'on commence à raconter sur les familles qui ne veulent pas payer les frais ou certaines familles - bien sûr, c'est quelques éléments et il y a aussi beaucoup de solidarité dans notre pays -, mais là, c'est une réflexion sur la manière de réinventer une nouvelle solidarité dans un pays où l'on parle beaucoup des droits et on a raison de le faire, mais aussi des devoirs. Je suis élu d'Ile-de-France, qui est la région sans doute la plus touchée. Je crois qu'il y a lieu pour nous de réfléchir en profondeur à ce que doit être demain la solidarité à la suite de ce que nous venons de vivre."
L'opposition dit que si ces coupes [budgétaires] n'avaient pas été faites, la catastrophe aurait été beaucoup moins importante.
- "L'opposition reste bien sûr dans cet esprit de polémique assez sordide qu'elle nous inflige depuis le début de l'été, bien loin des réalités et sans doute est-ce pour elle aussi et notamment pour le PS, une manière de faire oublier ou de tenter de s'exonérer de ses responsabilités sur les effets des 35 heures dont on sait qu'elles ont pour une part été la cause des difficultés. Vous savez, il ne faudrait pas oublier que ce que nous venons de vivre, c'est la conjonction de trois phénomènes : c'est d'abord une canicule exceptionnelle comme on n'a pas vu depuis 100 ans, c'est en même temps en plein mois d'août, c'est-à-dire au moment où traditionnellement les effectifs sont les moins nombreux, et en plus avec la montée en puissance lourde des 35 heures, à l'hôpital mais aussi dans l'ensemble de notre pays. C'est tout ça qu'il faut qu'on ait à l'esprit."
Les urgentistes ont dit que les 35 heures, finalement, n'y étaient pas pour grand chose parce que tout le monde est allé au créneau.
- "Bien sûr tout le monde est allé au créneau, c'est tout à fait exact et on ne redira jamais assez combien le travail de tous ceux qui durant cette période se sont dévoués a été absolument exceptionnel. C'est pour ça d'ailleurs que les critiques que l'on a entendues à gauche étaient à certains égards choquantes, parce qu'elles déplaçaient le problème et elles donnaient le sentiment que ceux sur le terrain qui se sont mobilisés, notamment dans les services d'urgences, auraient été en deçà de ce qu'ils pouvaient faire. Tout le monde a fait tout ce qu'il était possible de faire. Cela n'enlève rien aux réflexions que l'on doit avoir pour l'avenir sur notre société, sur la manière pour elle de retravailler à la notion de solidarité et surtout ce qui concerne bien sûr l'organisation du travail, l'organisation de nos services publics, la manière d'améliorer les urgences et plus généralement une vraie réflexion de fond."
Prenons un exemple, sur l'Aide personnalisée à domicile, les plafonds ont été relevés, est-ce que de point de vue, on va revenir en arrière pour que tout le monde puisse en bénéficier comme avant ?
- "R. Sicard, il faut bien comprendre que ce que nous allons maintenant enclencher à travers la réunion de ce soir et à travers les réunions qui vont suivre jusqu'au début du mois d'octobre, c'est un véritable plan de mobilisation qui dépasse telle ou telle mesure ponctuelle, qui va viser à établir précisément les besoins et à voir comment, pour l'avenir, notre société peut, non pas en quelques jours ou quelques semaines, mais sur plusieurs années véritablement adopter un nouveau mode de comportement où chacun sera autrement mobilisé pour se préoccuper de nos aînés, des personnes âgées, des personnes les plus fragiles. C'est à ça que l'on doit travailler, ce n'est pas telle ou telle mesure ponctuelle qui peut apporter une réponse, sinon cela se saurait. Donc en fait, c'est un travail de fond auquel il faut nous atteler et le plan d'action que le Premier ministre présentera au début du mois d'octobre sera un élément de réponse sur la durée sur ce sujet."
Les professionnels de la prise en charge des personnes âgées réclament 7 milliards, est-ce possible, cela ?
- "Bien sûr, chacun vient apporter ses éléments de chiffrage, mais il y aura d'ailleurs, in fine, un chiffrage à présenter. Encore une fois, ce que chacun doit comprendre, c'est qu'il y a ce qui relève de l'urgence, les crédits qu'il faut mobiliser dès maintenant, on l'a vu par exemple pour les questions agricoles et puis pour d'autres questions sur l'aspect sanitaire. Et puis il y a ce qui va s'inscrire dans la durée et auquel nous devons travailler dès maintenant."
Cette catastrophe est intervenue au moment où le Gouvernement préparait sa grande réforme de la Sécurité sociale. On annonçait des coupes sombres, est-ce que tout cela est remis en cause aujourd'hui ?
- "Encore une fois, le problème n'est pas de savoir si on fait des coupes sombres ou pas des coupes sombres. Il s'agit d'engager une politique économique qui soit cohérente à la fois avec la volonté de maintenir l'emploi et le pouvoir d'achat, qui est un élément majeur, et puis de tenir compte du fait que l'on est dans une mauvaise passe en termes de croissance économique et donc c'est tout cela qu'il nous faut intégrer dans cette équation budgétaire. A la fois maîtriser la dépense publique tout en finançant nos priorités, poursuivre la baisse des impôts parce que ce n'est pas pour satisfaire une idéologie. On baisse les impôts parce qu'on en a besoin, pour stimuler l'économie, encore une fois, dans une croissance ralentie, et puis tout en maîtrisant les déficits. Oui, c'est une période difficile, mais il ne faut pas s'y tromper, la croissance il faut aller la chercher, il faut que chacun ait bien à l'esprit que c'est chaque Français qui fabrique la croissance et donc il faut tirer aussi les enseignements de ce qu'on a vécu ces derniers mois."
La croissance justement, au deuxième trimestre, était en baisse, négative. Comment est-ce qu'avec une croissance négative, on peut réussir à baisser les impôts comme l'avait promis le président de la République ?
- "Même si elle est en volume moins importante qu'elle ne pourrait l'être si on était en croissance, la baisse des impôts est un élément pour aller récupérer de la croissance, parce que quand on rend de l'argent aux Français, ménages ou entreprises, on incite à la consommation, on incite à l'embauche, comme on l'a fait pour la baisse des charges sociales. Voilà des éléments de maintien. Mais vous avez raison, la croissance au deuxième trimestre, elle était négative, mais je crois que chacun doit méditer sur cet aspect des choses. Tout le monde a dit : c'est la parité entre l'euro et le dollar. Oui, c'est un élément majeur, mais enfin il y en a un autre que chacun doit avoir à l'esprit, c'est que pendant le deuxième trimestre, il y a eu de très nombreuses journées de grève et je crois qu'en ces périodes difficiles, il faut que chaque Français ait à l'esprit qu'il nous faut maintenant prendre à bras le corps les difficultés qui sont les nôtres et je préfère dire que l'on doit se retrousser les manches plutôt que de se serrer la ceinture. Donc il faut aller chercher plus de croissance supplémentaire."
Vous parlez de journées de grève, les syndicats justement prédisent une rentrée sociale très chaude. Est-ce que vous craignez de revoir se produire ce qui s'est passé au printemps dernier ?
- "Ecoutez ! je ne le souhaite pas, je crois que chacun doit avoir à l'esprit les enjeux qui sont les nôtres en termes de réponse à ce problème de ralentissement économique, mais en même temps à ce que doit être le courage politique. Vous voyez, cette rentrée, elle s'inscrit à l'aune du courage politique, c'est-à-dire que clairement les Français ont mandaté le Gouvernement pour engager un certain nombre de réformes. Il y a des décisions qu'il nous faut prendre parce que pendant des années, elles ont été reportées. Il nous faut moderniser notre école publique, il nous faut sauver, sauvegarder, préserver notre protection sociale... Autant de sujets qui viennent succéder à ce que nous avons fait pour préserver notre système de retraite et qui exigent du courage politique."
La première rentrée, c'est justement la rentrée scolaire. Les enseignants se mobilisent dès lundi et ils protestent contre les retenues qui vont être faites pour les jours de grève. Est-ce que là, le Gouvernement peut faire un geste pour essayer de dédramatiser la situation ?
- "Je crois que chacun doit avoir à l'esprit que l'acte de grève est un acte difficile, un acte de responsabilité. On ne fait pas la grève comme on va en week-end, on fait la grève par rapport à une décision personnelle que l'on prend et c'est un acte important et qui correspond, il faut le savoir, à la règle du service fait dans l'administration. A partir du moment où l'on fait la grève, la loi doit être appliquée. Alors naturellement, elle doit l'être dans un esprit d'équité, mais il convient de l'appliquer."
Cela veut dire qu'il n'y aura pas d'indulgence.
- "Cela veut dire qu'elle doit être appliquée conformément aux dispositions de la loi avec l'esprit d'équité qui s'impose naturellement."
(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 26 août 2003)
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